LA REVANCHE D’HERACLES
Par Jean-Luc FERNAGUT

 

 

 

    Le soleil dardait ses rayons impitoyables sur la plaine. La température doit approcher les 35° à l’ombre, malgré le mois de mars. Les ouvriers creusent le sol. La poussière s’infiltre partout, dans le visage, les yeux, les cheveux, sous les vêtements, se plaque sur la sueur des torses qui dégoulinent de sueur. L’archéologue suit les travaux avec attention :

 

    - prenez garde, vous ne devriez pas tarder à toucher le temple

    - nous l’avons trouvé, Monsieur.

 

    En effet, un bloc de marbre vient d’émerger du sable. Déposant pelles et pioches, les ouvriers dégagent presque amoureusement, à la main, la pierre. Bientôt, elle apparaît entière.

 

    - C’est bien un fronton de temple. Nous allons continuer et voir si nous pouvons dégager les colonnes.

 

    Le soleil décline à l’horizon et les ombres se profilent sur le sol. Petit à petit, le temple est déterré. Gilbert Denys est heureux : il avait raison. Dans le Grèce Antique, les Athéniens et les autres cités, d’ailleurs, bâtissaient un petit temple dédié à un héros ou à une divinité, temple qu’ils appelaient Trésor. Celui des Athéniens à Delphes en est un exemple parfait parvenu à nos jours.

 

    Les ouvriers dévalent la pente qui conduit à la porte scellée du Trésor. Gilbert les a rejoints. Ne  laissant à personne le soin de pénétrer le premier à l’intérieur, il s’avance. La pelle, qu’il tient fermement, force la porte qui gémit et finalement cède. Un homme lui passe une torche électrique et le faisceau jaune inonde la pièce :

   

    - Dieu du Ciel !

 

    Le pinceau lumineux se pose tour à tour sur un arc, des flèches, des objets usuels, bols, coupes etc... des javelines et des boucliers. Soudain, malgré lui, Gilbert fait un pas en arrière : un visage blafard le fixe puis, le cercle de lumière descend et éclaire un torse :

 

    - une statue, une statue intacte. A qui donc est dédié ce Trésor ? Apollon ? Zeus ?

             

    Il me semble pourtant bien connaître ce personnage. Mikis, viens me rejoindre.

 

    - que me veux-tu ?

    - pourrais-tu m’éclairer ? Je voudrais voir si une quelconque inscription me révélerait le nom de ce personnage.

 

    Mikis promène le faisceau de la lampe sur les objets qui l’entourent, sur la statue et finalement:

 

    - ce temple est dédié à Héraclès

    - Héraclès, le héros des douze travaux ? Par le Ciel et tous les Dieux de l’Olympe. Comment peux-tu en être si sûr ?     

    - regarde : une statuette de biche, un arc, une pomme en or, une peau de lion

    - vois donc si tu trouves une inscription ou une tablette ...

 

    Au retour de son voyage en Grèce, Gilbert se consacre au décryptage des deux tablettes découvertes dans le Trésor. Avec acharnement, il se penche sur les textes et, un mois plus tard, il lisait la traduction complète :

    - «Ce temple est dédié au héros Héraclès, pour ses exploits accomplis en son temps à travers toute la Grèce.

 

    Fils du Dieu des Dieux Zeus, et d’Alcmène l’épouse adultère d’Amphitryon, doté d’une force que seuls les demi-dieux sont pourvus, il étouffa, entre ses bras, les deux serpents que l’épouse de Zeus, Héra, envoya pour le dévorer dans son berceau. Ses exploits enchantèrent les habitants de la ville d’Athènes qui ont construit ce temple à sa mémoire, pour l’honorer tel un Dieu de l’Olympe.

 

    Si, par malheur, ce temple devait être ouvert par une autre personne que les proches du héros ou de la Pythie de Delphes, la malédiction d’Héraclès terrasserait le profanateur».

 

    - Me voilà plongé en plein roman, pense Gilles, pour un peu je me prendrais pour Howard Carter après la découverte du tombeau de Touthankamon. Une malédiction comme en Egypte. Jamais, je n’en aurais crus les Grecs capables. Enfin, il se fait tard, une bonne nuit et se sera oublié.

 

    Gilbert se dirige vers la salle de bains et emplit le lavabo d’eau très chaude. La vapeur embue le miroir en face de lui. Son image s’estompe sur la glace. Tandis qu’il se mouille le visage, la buée recule sur le miroir et ... un paysage prend corps petit à petit. Un lac, au centre, brille de mille feux. Il respire en pensées, les effluves  végétales. Soudain, la vue se lève et c’est un ciel d’un bleu intense qui prend place. Un oiseau gigantesque traverse l’espace, suivi d’un second, puis, d’un troisième. La vision redescend, revient à son point de départ et bascule tout à fait. Un bref instant, tout se brouille. Gilbert, sidéré, fixe la glace, incapable de détourner son regard de ce phénomène. Il voit alors le sol, des flèches, un arc, puis un bras se tend, saisit l’arme et les projectiles. Un second bras prend les traits et les fiche dans une souche. L’arc est muni d’une flèche et bandé. La vue remonte et fixe en vol, un des oiseaux qui traversent le ciel. Les doigts lâchent la corde et le trait file vers sa cible ... L’oiseau, touché en plein, tombe comme une pierre ... Déjà une autre flèche est prête et l’arc bandé ... La vision se brouille à nouveau et le visage de Gilbert apparaît les traits tirés et en sueur. Son bras gauche lui fait mal, son index et son majeur droits sont comme raides.

 

    Abandonnant la salle de bains et ses sortilèges, il traverse son appartement et se verse un verre. Quel est donc ce mystérieux lac ? Et ces oiseaux ? Machinalement, il avale le fort alcool. Il essaie de faire resurgir les souvenirs de sa mémoire mais y renonce. Alors, il se glisse dans ses draps et s’enfonce presque aussitôt dans un profond sommeil. 

 

    Il marche dans la campagne écrasée sous un soleil de plomb. Un vieillard assis le dévisage. Gilbert s’approche :

 

    - dis-moi, vieil homme, où suis-je ?

    - Ah çà, Etranger, viens-tu donc de si loin que tu ignores où te portent tes pas ?

    - je viens effectivement de très loin, mais tu n’as pas répondu à ma question

    - tu te trouves en Argolide et Argos est à trois heures de marche vers le Sud

    - indique-moi le chemin de Lerne

    - Lerne ? Es-tu las de la vie ? Ce marais abrite un monstre qui en interdit l’accès

    - je sais, je suis ici pour le détruire

    - le détruire ? Qui es-tu donc ?

    - Héraclès

    - celui qui tua le lion qui empêchait les jeux de se dérouler dans la vallée de Némée ?

    - je suis celui-là

    - alors, Héraclès, que Zeus te protège. Va donc droit devant toi pendant quatre heures, tu te trouveras devant l’antre de l’Hydre.

 

    Gilbert se redresse, le corps inondé de sueur. Il avait rêvé. Mais quel rêve ? Pourquoi ce songe ?

   

    - La malédiction, pense-t-il malgré lui. Héraclès se venge. Dieu du Ciel, pendant un moment je me suis imaginé être Héraclès. Mais alors, la vision dans la glace ?

 

    Très vite, il se lève et se précipite vers sa bibliothèque. Là, il cherche du regard le livre qui le renseignera, le trouve et le feuillette et enfin, il arrête de tourner les pages : il a trouvé :

 

    - Héraclès, le plus célèbre héros de la Grèce Antique. Il se distingua en accomplissant divers exploits qualifiés de travaux au nom de douze :

 

    a) il tua à coups de flèches les oiseaux du lac Stymphale

    b) il tua le lion de Némée

 

    J’y suis : la vision dans le miroir : le lac, les oiseaux, les flèches, c’était l’un de ses travaux. J’aurais aimé savoir comment il s’y est pris pour tuer  cette Hydre aux sept têtes qui repoussaient tant qu’elles n’avaient pas été coupées en même temps.

 

    Une voix caverneuse surgie de nulle part et partout lui répond :

 

    - Alors, Mortel, qu’il en soit fait ainsi.

 

    Gilbert se retourne vivement mais personne d’autre ne se trouve dans l’appartement. Soudain,; son horizon s’estompe. Sa vision ne lui fait qu’entrevoir les contours flous de la pièce qui disparaît et qui se mue en ...

 

    - Par Zeus, le marais de Lerne, j'y suis et je suis Héraclès

 

    Serrant plus fort la courte épée dans son poing, il fait quelques pas. Le marais est devant, sombre et menaçant. Il avance et pénètre dans une eau noire qui lui monte aux mollets.

 

    Un sifflement énorme troue le silence pesant. Héraclès-Gilbert continuer à patauger dans l'eau nauséabonde, s'attendant au pire. Au détour d'un chenal, il "le" voit, monstrueux serpent vautré dans la boue, ses sept têtes dodelinant de droite à gauche en sifflant. Et le voyant l’Hydre ondule dans sa direction avec une vitesse stupéfiante et des sifflements de colère. Il se campe bien sur ses jambes et attend le monstre. Le combat commence sans préavis. L’Hydre attaque, ses têtes portées par de longs cous cherchant à mordre l’intrus. Héraclès lève son épée et d’un seul coup, tranche une tête qui tombe dans la vase. Le sang jaillit du cou sectionné mais bientôt s’arrête : une excroissance parait, qui grandit et prend la forme d’une autre tête qui se joint au combat.

 

    - Par les Dieux de l’Olympe, Hydre, je te tuerai, même si je doit te trancher toutes tes têtes avec mes dents.

 

    Un sifflement rageur lui répond.

 

    Soudain, il avise un arbre tout proche dont le tronc forme une fourche. Il se dirige sur lui, esquivant des têtes immondes, en tranchant d’autres. Le sang jaillissant des blessures qu’il inflige, l’éclabousse. L’Hydre, ivre de rage impuissante se rapproche de l’arbre fourchu.

 

    - Cette fois, Hydre, tu vas mourir.

 

    Il bondit derrière le tronc et, au fur et à mesure qu’une tête apparaît, il la tranche net. Ce qu’il veut, c’est que le serpent essaie de l’attaquer par le dessus de la fourche. Déjà, il a préparé un jeune tronc qui flottait. Une tête apparaît au-dessus de lui, puis une autre, il les coupe facilement. Les sept têtes reparaissent, en un instant, il a jeté le tronc par-dessus et saute sur lui. A ses pieds, les cous hideux emprisonnés se tordent. Il lève son épée et d’un coup formidable, les tranche toutes. l’Hydre est mort. Chancelant de fatigue, il quitte son perchoir. Puis il reprend le même chemin, une silhouette familière lui fait signe. Il approche et reconnaît le vieillard :

 

    - que fais-tu ici, vieil homme, la route est longue jusqu’à Argos ?

    - je sais, Héraclès, mais je voulais voir le vainqueur de l’Hydre

    - comment sais-tu que je l’ai tuée ?

    - je ne suis pas un vieillard comme les autres

 

    Et ayant fini sa phrase, un éclair crépite et le vieillard se  métamorphose en un homme de haute stature à la barbe et les cheveux légèrement bouclés.

 

    - regarde-moi,; et dis-moi si tu me reconnais ?

    - oui, je te reconnais comme mon père, Zeus le Dieu des Dieux.

    - En effet, et je me suis déplacé de l’Olympe pour t’annoncer que tu devras délivrer Thésée

    - Celui qui tua le Minotaure grâce à Ariane ?

    - lui-même et tu devras pour cela vaincre ... mais je te laisse maintenant. Que le vent t’emporte

sur le lieu de ton prochain exploit ...

 

    A peine prononcé, aussitôt fait : un vent immense se lève et Héraclès se sent soulevé. Il a fermé les yeux et se laisse emporter. Finalement, le vent et mollit et notre héros se retrouve devant une grotte. Il pénètre à l’intérieur. Un personnage l’attend, une torche à la main :

 

    - arrête, Mortel, tu entres dans la royaume d’Héphaïstos

    - je ne viens pas semer le désordre dans ton royaume, je veux simplement ramener Thésée, ainsi que le veut mon père.

 

    - Simplement ? Alors bonne chance, Héraclès, car tu auras à faire avec le Gardien des Enfers.

 

    La torche tombe à terre et quand Héraclès la ramasse, Héphaïstos a disparu mais des grognements résonnent derrière lui.

 

    - Ainsi donc, voilà le Gardien des Enfers.

 

    Tandis qu’il parle, les parois de la grotte, de sombres commencent à rayonner d’une douce lumière verte, lumière qui s’amplifie et à la fin, elle éclaire presque comme en plein jour et notre héros

voit :

Cerbère, le Chien à trois têtes !!!

 

Le chien dévisage sa proie de ses six yeux flamboyants. Il gronde. Il saute sur l’intrus. Celui-ci

évite la première attaque. Le Chien retombe sur ses pattes et charge une nouvelle fois, mais notre héros l’attend de pied ferme. Son épée brille un instant et plonge ans le poitrail de l’animal fabuleux. Avec un râle, il meurt ... Le chemin est libre. Avisant une galerie, il l’emprunte. Longtemps après, il trouve sur son passage un fleuve tumultueux. A quelques mètres de lui, une ombre diaphane boit à même le fleuve, de longues rasades ... Il s’approche d’elle :

 

    - sais-tu où est Thésée ?

 

    L’ombre le regarde, surprise, mais ne prononce mot. Et, toujours en silence, s’éloigne. Médusé, il la voit s’éloigner

 

    - par Zeus, pourquoi ne m’a-t-elle pas répondu ?

    - Parce qu’elle a bu l’eau du fleuve Léthé qui fait oublier la vie

    - qui parle ?

    - Héphaïstos. Thésée va venir. Il n’a pas bu encore, mais son plus cher désir est de le faire. Si tu n’y prends garde, tu boiras aussi et tu oublieras ta vie, pour te joindre au cortège des ombres.

 

    Thésée apparaît. Il se dirige droit vers notre héros. Il le bouscule et continue sa route. Celui-ci se précipite à sa poursuite et d’un plaquage digne d’un joueur de rugby, le terrasse. Thésée se relève et d’un coup de pied magistral envoie son adversaire à plusieurs mètres. Celui-ci se relève et le combat recommence en silence. Les deux hommes luttent presque à force égale. Le duel commence à peser sur les muscles des antagonistes. Soudain, d’une clef au bras, Héraclès oblige son adversaire à s’agenouiller et d’une coup terrible derrière la nuque l’étend pour le compte. Suant et soufflant, il le charge sur ses épaules et prend le chemin de la sortie. Sa mission est remplie.

 

    - Alors, Sang de mon Sang, le combat fut rude ?

    - oui, Zeus, mon père, mais j’ai vaincu

 

    Le vision se brouille et Gilbert se retrouve dans son appartement. Rien d’anormal ne suscite.

 

    Au pied du village de Pompéi, quelques hommes devisent tranquillement. Parmi eux, un Européen, Gilbert Denys, arrivé de la veille. Ses amis Chinois, qui étudient le Vésuve l’ont prié de se joindre à eux. Après avoir déambulé dans les ruelles dégagées, étudié les enseignes et les graffiti, Gilbert s’ouvre à ses amis de l’incroyable aventure qu’il a vécu en Grèce, la découvert du tombeau et les plaquettes, la malédiction, etc...

 

    - l’imagination de notre ami comme un torrent après l’orage : il ne connaît plus son lit

 

    - Non Tchang, je t’assure que j’ai vécu à la place d’Héraclès. J’ai été «Héraclès», conformément à la malédiction.

 

    - Il se fait tard, honorable ami, il est temps pour les hommes sages de trouver dans le sommeil, la quiétude de l’esprit.

 

    Ils se séparent et regagnent chacun leur tente. Gilbert retrouve avec plaisir la moiteur de la sienne. Quand il s’allonge sur sa couche, il est presque endormi. Peu après sa respiration régulière, seule, trouble le silence de l’abri de toile.

 

    Il court derrière un cheval. Celui-ci a beau galoper à toute vitesse, il n’arrive pas à distancer son poursuivant. Longtemps la course dure. Finalement, le cheval ralentit et Héraclès peut se hisser à sa hauteur. Mais ...

 

    Quel est ce monstre : corps de cheval et torse humain ? 

 

    - qu’as-tu à me dévisager, Héraclès, je suis Nessos le Centaure

    -  Nessos ?

    - je ne pouvais deviner que la femme qui hantait mes pensées était tienne. J’ai pris son refus comme une injure et j’ai essayé de l’enlever. Vas-tu me tuer ?

    - pas ici, je te tuerai devant elle ....

 

    - Déjanire, celui qui a tenté de t’enlever est ici : nul ne peut échapper à Héraclès, viens, Nessos et prends cette épée : je te laisse une chance de sauver ta vie.

 

    Le combat commence âpre et sans merci. Chaque adversaire, d’une souplesse et d’une vivacité peu communes esquive les coups et tente d’en donner. Dans ce ballet hallucinant, l’acier s’entrechoque en une musique mortelle. Depuis quelques instants, le combat, entier, semble tourner à l’avantage d’Héraclès. Les coups de Centaure se font imprécis. D’une parade, l’homme détourne l’arme et saisissant le poignet de son adversaire, il enfonce la sienne dans le poitrail de l’homme-cheval qui s’effondre ...

 

    Déjanire, la femme d’Héraclès s’approche du mourant et se penche sur lui.

    - pardonne-moi, femme, j’ignorais à qui tu appartenais. Pour me faire oublier, tu prendras ma tunique : elle est magique : elle a pour mission de ramener les maris infidèles

    - Héraclès est fidèle

    - aujourd’hui, mais demain ?

    - où est ta tunique ?

    - elle t’apparaîtra quand je rendrai le dernier soupir.

 

    Une agréable odeur de café tire notre ami du sommeil. Il se dresse sur son séant et ouvre de grands yeux : le soleil brille et il est au pied du Vésuve au village de Pompéi.  Il se lève et se dirige vers la table, s’y assied et prend son petit déjeuner. Machinalement, son regard fait le tour de la tente. Il ne trouve pas la tenue kaki qui lui sert habituellement.

 

    - Sans doute Luigi l’aura prise pour la laver, pense-t-il

 

    Mais en regardant plus attentivement la chaise où il avait posé sa tenue, il s’aperçois qu’une autre s’y trouve soigneusement pliée. Et, en même temps une voix féminine retentit dans sa tête :

 

    - promets-moi de la mettre, je serai plus tranquille

    - je te le promets, répond-il machinalement

 

    Il quitte la table, enfile la tunique et sort.

 

    - Où partons-nous, aujourd’hui, honorable ami ?

    - sur les pentes du volcan. Je crois que nous y trouverons des choses intéressantes.

 

    La marche débute et très vite le soleil tape sur les casques coloniaux. La pente se fait rude, les jambes plus lourdes. Les obstacles se multiplient. Finalement, Gilbert s’arrête et :

 

    - Attendez, je n’en peux plus, on dirait que cette tunique se resserre au fur et à mesure que me rapproche du sommet

 

    - allons, ami, ce n’est que le fruit de votre imagination trop fertile.

 

    Soudain, une voix caverneuse retentit :

 

    - Alors, Mortel, te repens-tu d’avoir troublé le repos de mon fils chéri ?

    - Zeus ? Mais alors ?

    - ce que tu croyais avoir rêvé était la stricte vérité, j’ai enlevé, à plusieurs reprises ton âme et je l’ai implantée dans le corps de mon fils vivant. Mais maintenant, tu vas mourir comme lui.

    - comment ?

    - la tunique que tu portes est celle que Nessos avait remis à Déjanire, sa femme. Contre la promesse de la porter, elle l’a laissée repartir. Mais la tunique était magique : elle se resserre et lui engendra de telles douleurs qu’il préféra se brûler lui-même sur le mont Oéta. Tu mourras de la même façon.

 

    - Non, non. Je ne veux pas mourir.

 

    Et disant cela, Gilbert se met à courir, sous le regard médusé de ses amis qui, évidemment n’ont rien entendu de la conversation. Quand ils se reprennent et se lancent à sa poursuite, il a déjà plusieurs mètres d’avance. Il court toujours et, parvenu au bord du cratère, il hurle à l’adresse du ciel :

 

    - Zeus, tu as eu ma vie, mais je te maudis, Zeus, je te maudis.

 

    Et, ces paroles achevées, il tombe dans le cratère avec un long hurlement. Ses amis arrivent aux abords du lieu de sa chute, mais combattant l’inutilité de toute aide, entreprennent de redescendre, quand une voix leur dit :

 

    - «Mortels, pourquoi mon fils chéri a-t-il maudit son père Zeus, le Dieu des Dieux ?»



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