SANG BLEU

 

 

Sacrebleu, on aurait pu croire que j’avais tout ! Né avec une cuillère d’or dans le bec.

Des quartiers de noblesse, à faire pâlir d’envie les héritiers de la plupart des cours européennes : les aïeux de Père ayant escorté le Saint Roi en croisade, suivis à une courte encablure par ceux de ma Mère… L’usage veut d’ailleurs qu’on utilise notre nom de famille pour qualifier l’authentique aristocratie.

Morbleu ! si vous aviez vu la collection d’armes de mon Père !

Epées, sabres, casse-tête, à rendre jaloux n’importe quel monarque ! Pour vous donner une idée, il possédait trois armures pour lui tout seul. Dont une d’apparat en argent, tellement incrustée d’or et de pierreries, tellement massive et lourde qu’il fallait deux hommes pour l’en sortir. Un soir de beuverie solitaire (célébrant une joute vaillamment remportée), il s’était étendu sur un sofa dans ses appartements, et n’avait été relevé que quatre jours plus tard quand Mère, rentrant d’un week-end prolongé, s’était inquiétée de ne pas le voir. C’était aux environs de Pâques, elle accomplissait chaque année une courte retraite dans la petite abbaye d’une ville d’eau provinciale (réputée pour sa thalasso), cela lui permettait d’accorder les R.T.T d’usage à ses chambrières ainsi qu’aux valets de mon Père, sans nuire à son train de maison. A son retour, s’étonnant des chevaux piaffant, tout harnachés, à l’écurie et ne trouvant pas son Seigneur et doux Maître, elle s’était mise à sa recherche pour le découvrir enfin, prisonnier de son carcan précieux, dessaoulé, affamé et furieux !

La fortune de Mère était également significative : on assurait son coffre de bijoux au poids  et ses sautoirs de perles au mètre. C’est vous dire ! Quant à la demeure familiale, c’était à l’avenant, donjon de 450 m2 - classé monument historique - cerné de douves profondes (aux carpes fort renommées), pourvu d’une terrasse paysagée et jouissant d’une vue exceptionnelle sur un parc richement boisé, giboyeux à souhait. Un personnel nombreux et stylé : dès mon plus jeune âge, je disposais d’un laquais, d’une gouvernante et d’une nourrice, jeune et jolie normande dotée d’un 105 C (dont le souvenir réjouirait plus tard mes insomnies adolescentes).

Ma tendre enfance avait déroulé dans un rêve mes bienheureuses journées de rejeton unique, choyé par des parents modèles, (si l’on excepte quelques scènes provoquées par d’infimes infidélités paternelles).

 

Mais reprenons au début… J’avais été baptisé dans mes premières 24 heures. A cette époque une mortalité infantile élevée obligeait tout parent bien pensant à souscrire sans tarder cette police d’assurance sur la vie éternelle. 

Il y avait une tradition ancestrale dans la famille de mon Père : nommer « Barbe » la première fille d’une fratrie. Or, Mère, avant ma naissance avait subi plusieurs fausses couches, au point d’envisager un traitement hormonal lourd, voire même une procréation assistée. Elle fit donc un vœu promettant à la Sainte de donner son prénom à son premier enfant né viable quel que soit son sexe. Je fus celui-là !

Il faut expliquer que mon ancêtre Robert Bleu (Bleu de Re-de de - mais chut, discrétion oblige - je ne divulguerai ni notre nom complet, ni nos titres), grièvement blessé lors de la deuxième croisade, traversait l’Europe moribond sur un char à bœufs mené par ses gens. Arrivant à Nicomédie, son état empira brusquement. Son escorte au désespoir, alla déposer son seigneur « quasi-défuntant » sur l’autel érigé dans le mausolée de Sainte Barbe, afin de pouvoir l’enterrer ultérieurement dans la parcelle de terre chrétienne entourant le monument. Ce pieux devoir accompli, ses compagnons s’octroyèrent un peu de bon temps allant visiter quelque accorte ottomane afin de goûter à la chaleur humaine de ces brunes pulpeuses et aux douceurs épicées de la cuisine locale !

Quelle ne fut pas leur stupeur au lendemain, rentrant dès potron-minet, de découvrir Robert Bleu, frais et dispos, miraculeusement remis de ses blessures ! Depuis lors, tous les Bleu de France et de Navarre vouèrent un culte sans faille à la Sainte.

J’étais donc garçon et Barbe !

Le fait de porter un prénom féminin ne commença à poser  problèmes que plus tard, lors de mon inscription en primaire. Vous connaissez les pesanteurs de l’administration ?

Il se trouve que mon prénom créant une confusion, m’avait fait inscrire comme enfant féminin sur les registres paroissiaux. Dès qu’il fut alerté, mon père déposa aussitôt un recours. Son avocat le prévint alors que « ça » risquait d’être long !

Dans l’immédiat, il y avait deux choix : perdre ma place dans l’école réputée où j’étais inscrit, soit entamer ma scolarité dans la section féminine de l’établissement.

Une école de filles ! Corbleu, j’avoue ma contrariété ! Si j’avais été un peu plus vieux, j’aurais pu y trouver quelques avantages, mais à huit ans, on est un peu naïf. Heureusement dans ces années-là régnait ce qu’on appelait la mode « unisexe » qui ferait également fureur quelques siècles plus tard ! Garçons ou filles, portions alors le cheveu en coupe « au bol » plus ou moins longue, un ample sarrau sur des braies en bloujine (c’était un coton assez grossier tissé dans le sud du pays).

Ma Grand-Mère raillait qu’ainsi on ne pouvait différencier les pommes des poires, que dans son temps à elle, vertubleu, ça ne se serait pas passé comme ça !

Bref, si l’on excepte ce souci identitaire, mes années de primaire se passèrent le mieux du monde. A l’institution, j’étais le meilleur en maths, adroit de mes mains j’avais appris sans peine à broder et obtenais des notes excellentes en économie domestique. Pas très bon en teuton je raflais en revanche tous les premiers prix de saxon !

Durant les week-ends et les vacances, chez mon père je chassais, maniais les armes, me battais avec tous les pages du château. J’y rencontrais aussi le psy qui me suivait à titre préventif. J’étais donc plutôt épanoui pour un garçon de mon âge.

Or, pendant ce temps-là mon dossier traînait… s’égarait même parfois !

Il manquait l’imprimé D-7-45 modifié par la circulaire 603, mais personne ne pouvait me le délivrer. La sage-femme qui m’avait mis au monde ayant pris une retraite anticipée pour suivre son époux, un lombard rentré au pays.

Quand je fis mon entrée dans le secondaire, mon dossier divaguait toujours entre divers tribunaux, maisons de justice et greffes paroissiales, sans que quiconque se décide à me reconnaître comme mâle de chez mâle !

Ah le secondaire ! C’est là que mes ennuis commencèrent ! En rien de temps les filles les plus garçonnes étaient passées des braies-baggies au hennin perlé, du bloujine au satin-broché… Elles faisaient des concours de décolletés et de finesse de cheville.

Moi, je commençais à faire tache avec ma voix qui muait, mes poils aux pattes et ma barbe naissante. Aliénor, meneuse d’une bande de péronnelles, entreprit de me pourrir la vie. On ne m’appelait plus que « Barbe, la bien-dite » !

Mère faisait des pieds et des mains pour m’obtenir une chambre seule. Le dortoir devenait un enfer, car c’était à qui essaierait de me tâter le poitrail quand j’étais en chemise pour voir si « ça » poussait.

Irrémédiablement et pour cause, je restais plate comme une galette.

Un jour Frédégonde s’est avisée que je n’avais jamais mes « affaires» mes «débarquements albionnais » mes « glin-glins » (ces trucs qui sonnent une fois par mois)…  qu’en aucun cas je ne manquais la gym ni les cours de natation dans le bief plutôt frisquet réservé à l’école. Je me suis fait traiter de future bréhaigne et des filles ont dit à leurs parents que j’étais… enfin… Comme Amandina Lyre, l’actrice bien connue dont certains pensaient qu’elle aurait mieux joué Roméo que Juliette. 

Je souffrais même le week-end puisque Mère m’imposait alors une esthéticienne qui me passait la peau à la pierre ponce afin d’en affiner le grain et réduire la pousse du poil. Je commençais à maudire Père et Mère ! Sacrebleu ! Pourquoi ne m’avait-on pas prénommé Godefroy – comme le cousin Bouillon ou Jean-Eudes ?

La couturière et la corsetière m’assaillaient, elles aussi, tentant pas un jeu subtil de baleines et de renforts d’atténuer ce que j’avais ici pour augmenter ce que je n’avais pas là ! Ma vie devenait une torture, je ne voulais plus aller à l’école, mais Père, espérant secrètement que je finirais échevin de la ville me répétait « passe ton bac d’abord ! » 

Appuyé sans réserve par Mère qui souhaitait que j’étudie ensuite chez Robert de Sorbon !

Un enfer je vous dis !

Le lundi je retrouvais mes tortionnaires, qu’allaient-elles encore inventer ?

Le dernier trimestre se passa mieux… Frédégonde ayant accusé Hermeline (dont elle jalousait les boucles blondes) de pratiquer la sorcellerie, on se lassa un peu de moi, Je n’en demandais pas plus… Les filles étaient très occupées car la question appliquée à Hermeline était publique et les distrayait fort. Mais elles se lassèrent de cela aussi, quand on prouva qu’Hermeline avait la marque de Satan, elle fut condamnée au bûcher et elles dirent toutes que c’était dégoûtant ! Il n’y en eut que deux ou trois qui se déplacèrent pour aller la voir cramer !

Mère, commençant à fouetter de la tournure que prenaient les événements, essayait de convaincre Père de m’envoyer dans un pensionnat chic en Helvétie.

La date de l’examen approchant, j’obtins de rester au château pour mes révisions.

Dans ce temps là, on passait le Bac (Base d’Acquis Culturels) en trois parties, les réformes Napoléon n’interviendraient que plus tard.. J’eus une moyenne plus qu’honorable en grec, une mention très bien en latin de cuisine, dont aujourd’hui encore, je ne suis pas peu fier. Et un 18,75 sur 20 en maths coeff.5, j’avais donc des points d’avance pour la deuxième partie. Ça me permettrait peut-être d’alléger mes cours, de me faire plus rare au bahut.

A la remise des prix, en juillet, juste avant les vacances, mes Père et Mère se pavanaient au premier rang. (Les parents étaient placés en fonction du classement de l’élève). Mère reconnut dans la mère d’Aliénor. assise quelques rangs derrière une ancienne compagne de pension. Aliénor aurait pu être brillante mais c’était une flemmarde qui déclarait à qui voulait l’entendre qu’elle détestait les maths – pour mémoire coefficient 5 – Ceci explique que ses parents se trouvaient au sixième rang pendant que les miens bichaient au premier ! Je voyais bien Mère adresser moult courbettes vers l’arrière et j’avoue que ça m’inquiétait beaucoup. Parbleu, j’avais raison de m'alarmer !

A l’issue de la fête, Mère invita Aliénor et ses parents à notre garden-party du 15 août.

Je craignais le pire et la suite des évènements me donnerait raison.

A  la maison j’étais Barbe Bleu (de et re-de de) jeune seigneur du château. Comment Aliénor appréhenderait-elle cette métamorphose ?

Je commençais à échafauder une histoire de jumeaux dizygotes qui aurait été plausible à condition de m’exercer à changer rapidement de vêtements afin de tenir les deux rôles.

Mais pour le jour en question Mère m’obligea à m’habiller en jeune prince, elle insista même afin que je laisse croître un fin collier pour orner mon menton. Les parents d’Aliénor étaient conviés avant les autres invités et Mère les mit au  parfum !

Ventrebleu, quel changement !

Aliénor me reluquait avec des mines de chatte gourmande, j’étais plutôt beau gosse et l’un des plus riches partis du royaume. Je pense que c’est ce jour-là qu’elle a décidé de m’épouser !

Il fallait la jouer fin ! Encore deux ans d’études pour valider mon Bac. J’avais envie de tâter du barreau, énervé que j’étais des lenteurs juridiques de mon affaire. Peut-être arriverais-je à faire bouger les choses de l’intérieur, il me faudrait faire mon droit. Et là, pas de problème puisque comme chacun sait les universités sont mixtes ! De plus j’espérais que mon état civil serait enfin  rétabli.

Fin août, Aliénor et moi nous fiançâmes, Mère avait organisé superbement les choses :

Les promesses de fiançailles reçues par l’évêque, en présence des familles au cours d’une messe de minuit célébrée dans la chapelle du château, éclairée de mille cierges, ornée de cent bouquets de roses blanches une pure merveille ! Mère avait toujours été très douée pour le décorum ! Un banquet somptueux. Un bal. Une myriade d’invités du meilleur monde. Et des cadeaux ! Nous aurions pu ouvrir au moins dix boutiques !

Dès la rentrée d’octobre, les choses changèrent considérablement ! Toujours officiellement fille, mais promu « meilleure-amie » d’Aliénor, ce qui impliquait un confort très appréciable. Persona-grata… intouchable dans le bon sens du terme… je pus travailler dans une paix royale. L’attitude d’Aliénor à mon égard manquant parfois de légèreté, certaines méchantes langues de la classe jasaient, lançant des rumeurs ridicules à notre endroit. Mais l’année passa sans drame majeur.

Je dois simplement signaler l’arrivée d’une petite nouvelle : Camilla blonde albionaise qui vola instantanément mon cœur !  Prudent, sachant combien Aliénor et son âme damnée Frédégonde pouvaient être dangereuses, je feignis la plus grande indifférence envers Camilla, allant jusqu’à me gausser copieusement un jour qu’elle avait une poussée d’acné juste sur le bout de son nez, (adorable même tout emboutonné) !

Je terminai l’année avec encore plus de lauriers que lors de la  précédente.

La question se posa alors pour moi de valider mon bac ric-rac avec les notes déjà obtenues ou de faire la troisième année afin de briguer une mention qui m’ouvrirait les portes des plus prestigieuses universités de royaume. Mère était pour cette solution, j’étais encore bien jeune et elle craignait toujours une possible nouvelle croisade, (les escholiers étant maintenant dispensés depuis la désastreuse affaire de la croisade des enfants).  Père en revanche m’aurait bien vu intégrer les Gardes Royaux pour deux ou trois ans.

Quant à moi, j’entrevoyais deux avantages à étudier une année de plus : Repousser mes épousailles d’autant. Le second avantage avait les plus jolis yeux bleus du monde et calquait le scénario bien connu de « A nous les petites Albionaises ! »

Seulement voilà…

Peu de temps après l’épiphanie, je reçus enfin l’acte me rendant ma qualité de garçon, j’étais définitivement : Barbe et garçon ! (Barbe Bleu de re-de de mais chut !)

Mère organisa une fête magnifique, et Aliénor commença à être collante. Très collante ! Inutile de vous dire que dans ma tête à moi plus question de mariage ! Plus question non plus de finir l’année dans une école de filles, mes notes des années précédentes m’ouvraient royalement tous les cours publics et privés de la région, j’étais en mesure d’obtenir un « très bien » à l’exam  ce qui n’était pas si fréquent ; en particulier chez les rejetons de haute noblesse comme moi. Sans doute parce que la plupart d’entre eux payaient des manants pour assister aux cours à leur place !

Il y eut tout de même un petit souci pour valider mes compétences en tricot (spécialité hautement féminine), je fis valoir l’intérêt de savoir manier la pelote et l’aiguille ne serait-ce que pour réparer une cotte de maille, comme ça sur le pouce, au cours d’une bataille. Mon argument l’emporta. J’entrai donc pour effectuer ma dernière année de scolarité à la STAR-académie  (afin d’y étudier les Sciences – Tournois – Arts et Religions). Et parmi les élèves de la promotion je fus tout de suite surpris par le regard intense du jeune William (Billy pour les copains) un albionais de bon lignage, J’appris par la suite qu’il était le frère aîné de ma très chère Camilla !

J’eus rapidement des nouvelles : sitôt mon départ, les filles entreprirent pour je ne sais quelle obscure raison de la harceler d’odieuse manière !

Jarnibleu, ces bourriques avaient toujours besoin d’une tête d’Ottomane !

Instruit par mes soins de la dangerosité des deux garces, Billy fit prévenir ses parents et Camilla rentra chez eux - à Paris - pour suivre des cours par correspondance. Enfin je l’avais sous la main !

Mon quotidien avait bien changé, je ne rentrais plus au château pour les messes dominicales et les parents de Billy ambassadeurs de la cour albionaise  me recevaient souvent dans leur très bel hôtel du faubourg saint-Germain.

Notre petite bande joyeuse rejointe par Camilla arbitrait les beaux soirs de la « chariotte-set » parisienne. Bien évidemment certains jalouseux nous traitaient « d’armures-dorées », mais ces plaisirs mondains ne me troublaient pas, je gardais mes ambitions et la tête froide, en fait je jouais sur tous les tableaux et corbleu, j’y excellais ! J’avais acquis de bonnes méthodes et une capacité de travail, qui me permettaient, malgré mes sorties, d’être aisément à jour de mes cours, tout en pratiquant les tournois à haut niveau.

A cette époque je fis plusieurs fois la couverture de « Paris-Tournois » : ( Le poids des mots le choc des enluminures) ! Ces quelques mois furent les plus heureux  de ma vie…

Hélas, un matin je reçus un petit bleu (ancêtre du télégramme) de mes parents m’enjoignant de rejoindre la château sans délai…

Arrivé sur place, la consternation régnait, Mère en prière dans la chapelle, et Père furieux en conversation avec ses avocats. Le ciel venait de nous tomber sur la tête.

C’était un peu de ma faute, lors de notre dernière rencontre, pendant les petites vacances de Pâques, Aliénor m’avait pressé de fixer une date pour notre mariage, moi, rien ne me pressait plus. Eludant son invite, j’avais cru habile de puiser dans l’un des coffres de Mère - avec son autorisation bien sûr – afin d’offrir quelques poignées de joyaux à cette peste, pour la consoler. Ce geste délicat (que j'accomplissais à titre compensatoire un peu comme une indemnité de licenciement) au lieu de la satisfaire n’avait fait qu’aiguiser son appétit. Erreur fatale ! Lui laisser entrevoir la somptuosité de nos bijoux de famille l’avait confortée dans sa détermination à me mettre le grappin dessus… Son dépit la poussa alors à commettre une infamie ! Quelques missives bien rédigées adressées aux divers ministères et judicieusement à quelques journaux d’opposition (elle était nulle en maths mais pas si mauvaise en rédaction) pour remettre mon cas sur la carpette !

Un journaliste du « malard-écroué » avait interviewé certains de mes vieux professeurs et avait réussi à faire dire à l’un d’entre eux que mon ancienne condition de fille aurait « pu » me valoir une sur-évaluation de mes notes. La réponse de l’éditorialiste du « Barbier » Jehan d’Or-Maison ne se fit pas attendre, mon père étant très en cour !

Je me trouvais bien  malgré moi au milieu d’une nouvelle polémique.

Jusqu’à « Lucarne 7 jours » qui se fendait de son article :

Avais-je ou-non tiré avantage de ma ou-non condition de fille ou l’inverse du contraire ?

Palsambleu je n’en pouvait plus ! Ma relation avec Camilla tombait en quenouille, ses parents un brin psycho-rigides et surtout soucieux de leur statut d’immigrés lui avaient officiellement ordonné de cesser de me voir en attendant que les choses s’apaisent.

Je n’étais pas retourné à l’Académie, faire les gros titres pour de brillants résultats en tournois était une chose réjouissante, mais être propulsé sur le devant de la scène, pour entendre des commentaires vaseux du genre c’est elle ou lui ? Niet ! Je préférais mettre mes ambitions en sourdine et anticiper mes vacances sur le domaine familial.

Maman avait été affreusement déprimée par les derniers évènements, elle virait bi-polaire… alors Papa décida qu’il était temps pour eux de faire un break. Ils achetèrent un camping-carrosse confortable et mirent le cap en amoureux sur les rivages Hispano-Sarrasinois  toujours ensoleillés. Il ne faudrait pas les attendre avant cinq ou six mois !

Le château tournait avec un personnel réduit. Eduqué à être toujours autonome, j’étais parfaitement organisé ; le matin une heure de jogging pour me décrasser des brumes nocturnes, puis je sellais ma jument Pomponne et filais dans le bois pour y débusquer lapins ou perdreaux, assurant ainsi mes repas et ceux de la valetaille.

Au retour d’une chasse matinale, j’eus la surprise d’apercevoir une silhouette courtaude traverser furtivement notre potager, nos soubrettes plutôt avenantes ne correspondaient en rien à cette ombre rustaude, présumant alors qu’une ribaude du coin s’était égarée sur nos terres je me mis en devoir d’aller diriger cette crapaude sur le droit chemin !

Quelle ne fut pas ma stupéfaction de reconnaître l’infâme Frédégonde, duplicata maudit d’Aliénor ! Adepte du politiquement correct, je dissimulai mon déplaisir et m’enquis le plus civilement  possible de l’objet de sa visite.

Tubleu ! je vous le donne en mille, Emile ! Frédégonde, me sachant « libre » venait tout simplement me proposer sa main en échange de la mienne ! Gardant mon calme, je fis valoir que j’étais encore mal remis de ma rupture avec Aliénor et des troubles médiatiques qui l’avaient suivie. Méfiant, car instruit par l’expérience je m’efforçai de rester courtois et de ne pas la calotter d’importance, comme elle le méritait !

Enfin lui dis-je que pensent vos parents d’une telle demande ?

Personne ne savait ! Elle avait même dissimulé sa visite chez moi, prétextant de vagues migraines… Tous la pensaient reposant dans sa chambre… Nul ne l’avait vu arriver sur notre domaine :  elle était passée discrètement par la forêt, à l’aube…

Nous étions assis sur le muret du potager, le soleil embrasait de ses doux rayons matinaux la prairie en fleurs. Pomponne gambadait joyeusement. Faisant abstraction de cette importune donzelle, je soupirai béatement.

Prit-elle ce soupir pour une invite ?

Elle se jeta sur moi, tentant goulûment de me baisoter la margoulette !

La stupeur et le dégoût me firent sursauter… l’envoyant brutalement valdinguer !

Mauvaise réception ! Dommage ! la pauvre garce se fracassa le crâne sur le muret !

J’avais ponctuellement suivi mes cours de secourisme et fus aussitôt opérationnel :

Bilan rapide… pas de ventilation… pas de pouls…  crâne en deux morceaux… hémorragie  fatale. Bon  -  On va dire : état de mort apparente ? – Rien à faire !

Horreur, j’étais là, emmouisé jusqu’au cou !

Je n’allais quand même pas la rapporter toute cassée à ses parents ?

Nous avions dans la forêt une ancienne mine de sel dont le filon n’était plus exploité depuis des lustres. J’allais y dissimuler tout simplement ce cadavre (qui n’avait rien d’exquis)… M’enfonçant au plus profond de la veine saumâtre, je la casai dans un coin. Je pris soin de verrouiller à double tour la porte qui fermait l’entrée de la mine…

Je fondis moi-même un double de cette clef en or, afin de la repérer aisément… Je la camouflai dans mon coffre perso et jetai la vieille dans les douves… Quelques mois après, on arrangea mon mariage avec Diane, mais je correspondais toujours avec ma douce Camilla, elle-même mariée à au comte albionais Barker-Powles.

Je ne fus pas malheureux avec Diane… Elle n’avait qu’un défaut, crébleu c’était une fouineuse ! Ayant découvert ma liaison épistolaire avec Camilla, elle développa une jalousie morbide qui la fit m’épier dans tous les domaines et fouiller partout à la recherche de lettres compromettantes…

Le détective embauché par Diane trouva ma clef. Par malheur il trouva aussi la serrure !

On identifia Frédégonde parfaitement conservée dans le sel et tout m’accusait !

Fouillant plus avant la caverne, les pandores découvrirent d’autres locataires…

Hélas, Je n’étais pas seul à avoir utilisé la mine !

J’étais innocent, mais nul ne me crut !

Ma malheureuse histoire inspira plusieurs auteurs qui écrivirent des biographies non autorisées sur moi, me mettant sur le dos tous les meurtres précédents… D’où l’infâme légende qu’on colporte sur mon compte depuis lors…

Tout cela parce que j’étais né  « Barbe Bleu de re-de de. »

Aujourd’hui encore, j’ai du mal à imaginer ce qu’aurait pu être ma vie, si l’on m’avait tout simplement baptisé de mon second prénom : Charles !

france-marie aunay

Concours Bleu – Paray le Monial – 7ème sur 120.



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