Le Philosophe Solitaire
Le ciel prend ses habits de fin d'après-midi
Il abandonne toute claire luminosité
S'alourdit, bleu et sombre, violacé aussi
Camaïeu de nuances subtilement mélangées
En relief, une butte, pauvre, comme hagard
N'y demeure qu'un arbre nu et squelettique
Il est là, exposé à tous vents, tous regards
Ne cèle rien de son pauvre corps, de ses racines antiques
Il n'est pas si vieux pourtant, si ? Ni petit
Malgré ses apparences de désolance
Je sens en lui la vie, le pauvre rabougri
Il me chuchote, "en la vie, j'ai espérance".
"Vois mes racines noueuses qui plongent dans le passé
Elles vivent, lasse de te nouer , libère ton moi
Mes branches sont certes tortueuses et abîmées
Mais moins que ton esprit qui, perdu, se heurte, blessé"
"La vie vois-tu" dis l'Arbre "n'est qu'une suite
Une succession de faits, de futiles apparences
Il te faut te hisser, ne jamais prendre la fuite
Te forger carapace, faire preuve d'endurance".
"Savoir sauter les haies", dit l'arbre humoriste
Curieux langage pour un arbre qu'ainsi parler
En incluant la nature, dont il orne le site
Mais il sait que de toujours elle m'a ressourcée
Je sais que bientôt il va reverdir et se magnifier
Cependant que je l'aime, ainsi sublime dans sa décrépitude
Je me plongerai je le sais, avec délices dans sa ramure dorée
Chavire tout autant pour l'Arbre heureux et celui de solitude.
Les arbres me parlent souvent, vrai que leurs bras tendus
Me font mal, je voudrais les aider, ne peux que les admirer
Leurs racines me fascinent, moi je n'en ai pas eues
Leurs contours sinueux, leurs formes inattendues.
Je peux rêver des heures, perdue dans leur interieur
Intégrée totalement, n'en voulant plus sortir
Tant je m'y sens bien, tant j'y sens mon coeur.
Belle leçon de vie que me donne cet arbre décharné
Un renouveau perpetuel nous donne-t-il vie meilleure ?
Non certes pas, mais notre confiance aide à conforter
Un arbre récemment m'a parlé,
Un jour sans doute vais-je vous le dessiner.
Douce Vague