PARIS



    C'est étonnant Paris et sa vie, dans le métro il se passe toujours quelques chose. Rapidement on apprend à s'organiser, à éviter ce qui nous gène j'en viens à me surprendre à renvoyer un pauvre touriste paumé tellement je suis habituée à me méfier de tout le monde. Il y a ces pauvres gens comme une femme, d'origine portugaise à coté de moi à attendre la rame qui se met à me raconter sa vie. Une fois la rame arrivée je me lève et la prends, je la vois qui continue de parler comme si j'étais encore là. Une autre fois une vieille m'interpelle dans la rue " Vous irez en enfer, à votre cou vous n'avez pas une médaille de Notre Seigneur ! "  S'exclame-t-elle. Il y eut aussi ce vieil homme pris d'un malaise qui se retrouve le nez dans le caniveau et que nous avons un mal fou à remonter sur le trottoir. Une clocharde sur un siège de la rame, il n'y a personne auprès d'elle, je comprends rapidement pourquoi, une odeur de crasse l'accompagne et c'est le meilleur repousse propre. Ma belle sœur qui passe quelques jours à la maison n'en revient pas. Et le plus beau aussi, ce jeune très jeune couple qui se tient à une barre centrale et reste les yeux dans les yeux, ils sont magnifiques de beauté et de jeunesse. Rien ne semble pouvoir les troubler dans leur contemplation l'un de l'autre, un rayon de soleil les illumine. Le pire aussi, comme ce jour où je suis suivie par un homme depuis mon lieu de travail jusqu'à mon appartement. J'ai très peur, je cours même dans la cour de l'immeuble pour qu'il n'ait pas le temps de voir quelle porte je prends. Et je reste enfermée tout le reste de la journée pour m'effondrer en pleurs dans les bras de mon mari à son retour. Une autre fois mon sac me semble d'un coup devenir plus léger je me détourne, un jeune homme essayait de l'ouvrir, il continue sa route comme si de rien n'était. Puis un souvenir plus pénible, avec le travail je découvre ce que sont les heures de pointe dans le métro, les rames bondées que l'on prend quand même pour ne pas arriver en retard  au travail et un type qui en profite pour se coller contre moi, frottant en permanence sa main contre ma  cuisse et moi tétanisée incapable de bouger, de dire quoi que se soit, et même quand la rame se vide je n'arrive pas à m'éloigner, je dois faire un effort surhumain pour enfin descendre de la rame et attendre la suivante car il me reste encore deux stations… Je m'en veux beaucoup de ne pas être capable de me défendre plus que cela.
Je continue un temps mes séances chez le psy mais je n'y crois guère. Au bout d'un moment je me rends compte qu'il n'y a qu'une chose qui l'intéresse c'est me faire parler de ma sexualité. Un jour justement, toute contente je lui dis que j'ai fais un drôle de rêve. Je me voyais faire l'amour avec mon mari au milieu d'un groupe de jeunes hommes. Mon idée se confirme, il se redresse, mon petit rêve l'intéresse, il me demande : "et comment on réagit les hommes ?
- " Ils ont souri et trouvaient qu'on avait de la chance. Là, son regard déçu me confirme que je n'ai rien d'autre à attendre de lui, seules les sexualités perturbées l'intéressent .
Mon mari ne se plait décidément pas à Paris, il entreprend des stages d'informatique et postule pour un poste dans notre ancienne ville. Il reçoit un avis favorable. Aux tests il se trouve au même niveau que deux autres candidats mais il fait la différence car s'ils ont le même score, lui n'avait pas tout fini mais n'avait pas de fautes alors que les deux autres avaient fini mais avaient fait des erreurs.
De mon coté, au travail, après avoir mis rapidement de l'ordre dans les comptes de la petite société, et avoir ainsi épaté toute l'équipe, à nouveau je me bloque. Je n'arrive plus à bien comprendre ce que l'on me demande. J'ai remis tout en place, récupéré les crédits des clients mais je commence encore à perdre confiance en moi. Je me vois déjà faire de plus en plus d'erreurs, de nouveau des angoisses viennent envahir mes pensées, et avant que le patron n'ait le temps de ne pas renouveler mon contrat je lui annonce mon départ, je suis mon mari qui retourne en province… Ce qui m'arrange, ainsi j'échappe une fois encore à mes peurs et à mes manques. 
Il me reste juste deux semaines à faire seule à Paris avant de déménager. Le déménagement se fera juste le 14 juillet, cette année même ou pour la première et dernière fois le défilé se passe justement sur la place de la Bastille. Nous devons prendre notre rue en sens unique, et remonter vers l'extérieur de Paris guidés par des policiers.
Je n'étais pas spécialement mécontente de partir parce que mon plus grand souhait était d'avoir des enfants, et je ne me voyais pas en avoir à Paris. Des petits bébés a câliner et à aimer. J'avais un tel manque en moi, que j'en aurai voulu plein pour pouvoir donner tout cet amour que ma mère avait refusé, l'amour qui était en moi en trop plein permanent...
    J'avais complètement perdu confiance en moi, avec mes essais décevants du monde du travail mais je persistais à vouloir trouver du travail. Maman avait une amie qui travaillait à la bibliothèque, celle-ci me proposa d'entrer à la mairie, il fallait juste passer un concours mais l'affaire était entendue, nous n'étions que trois à le tenter. J'étais paniquée à l'idée de passer ce concours, j'avais déjà  passé celui de préposé aux PTT, et devant le nombre impressionnant de personnes présentes à ce petit concours, j'avais une fois de plus perdu les pédales. Je me souviens qu'au petit problème de calcul, j'en étais à compter sur mes doigts pour pouvoir faire l'exercice, ma tête était vide. Bien sur j'ai reçu un courrier me disant que j'étais sur liste d'attente. Pour la mairie ma panique a été si grande que je me suis fait porter malade et ne me suis pas présentée. Je m'étais pourtant mieux préparée ; pour limiter mes fautes d'orthographe j'avais suivi des cours intensifs, qui n'ont rien donné..
Puis suite à mon inscription à l'A.N.P.E, j'étais convoquée dans une banque, l'affaire était sûre également mais à nouveau ma panique l'emporta et devant ma gène évidente, le directeur préféra me dire "on vous écrira". Enfin comme je ne savais que faire, mon mari me proposa d'entrer dans son entreprise, je devais faire de la saisie informatique .Comme toujours le premier mois je battais des records, puis très vite j'ai eu mal au dos je mettais cela sur le compte de ma grossesse nouvelle. Pour finalement finir ma formation on me demandait d'aller passer des tests à Rennes. C'est un des souvenirs les plus douloureux. J'arrivais bien au début à suivre le rythme mais ensuite je paniquais à nouveau et finis les tests complètement  exténuée la tête vidée de toute substance. Pour aller à Rennes je n'avais pas bien sûr, osé prendre ma voiture; je m'étais donc rendu au lieu dit, par le train. Sortie de ces tests, je constatais que j'avais pas mal de temps devant moi, aussi j'appelais maman pour lui demander de venir me chercher. C'est là que j'ai été prise de la pire crise de panique que je n'ai jamais eue, je ne sais pas si cela était dû à ma grossesse débutante mais j'ai perdu la notion du temps. Persuadée que maman n'a pas réussi à venir me chercher, je prends un bus, n'importe lequel au hasard, il me semble que je dois absolument aller vers l'autoroute, j'ai peur, très peur, le chauffeur s'est sans doute rendu compte que quelque chose ne va pas. Il ne me demande même pas de ticket. Je lui demande s'il va vers l'autoroute, il doit voir ma panique, et me dis oui, sans doute pour me rassurer. Puis quand nous arrivons vers la bretelle il arrête son bus pour me permettre de descendre. Je le remercie, je ne me rends même pas compte que je n'ai pas payé et qu'il s'est arrêté exprès pour moi. Je suis dans un état second. C'est un peu comme si j'étais témoin de mes propres actes sans en être réellement actrice. C'est alors que je vais à pied sur la bretelle puis poussée par je ne sais quelle pulsion je la traverse. Arrivée au milieu je me rends soudain compte de ma bêtise. Je peux affirmer que jamais au  grand jamais il ne faut tenter ce genre d'exercice. Arrivée au centre entre les deux rails je prends conscience que je dois refaire la même chose pour traverser et arriver du bon coté et être dans le bon sens pour rentrer. J'ai l'impression que je n'y arriverais jamais, j'ai très peur et enfin j'ai l'impression que les voitures sont très loin, à ce moment je cours de toutes mes forces pour atteindre l'autre bord. Enfin j'y arrive mais j'ai vu avec quelle vitesse les voitures qui me paraissaient si loin sont arrivées jusqu'à moi. Et avec quelle vitesse elles sont passées tout près de moi. Ma panique est complète, mais je  ne sais plus ce que je dois faire. Je sais qu'il ne me sera pas donné une autre chance de repartir sur l'autre coté aussi la seule solution qui me parait plausible est de faire du stop. Pour la première fois de ma vie je lève le pouce et attends qu'une voiture s'arrête. Une voiture de police passe j'espère qu'elle va s'arrêter mais non les deux hommes me regardent mais passent leur chemin.  Une grosse mais vieille voiture s'arrête, un homme descend, il semble un peu étonné, il me fait monter et comme je ne suis pas bien à l'aise je parle, je n'arrête pas de parler il répond à peine puis semble déçu, il me dit d'un coup qu'il ne peut m'emmener plus loin parce qu'il ne va pas dans la même direction, pourtant il n'y a pas d'autre direction. Aussi il s'arrête à l'embouchure d'une entreprise et me dépose là.
Je suis très mal à l'aise, je voudrais rentrer je pense maintenant à maman qui a dû arriver à la gare et doit être bien étonnée de ne pas me trouver, elle doit être furieuse après moi, si je n'avais pas eu cette crise de panique je serais en sécurité dans le train au lieu d'être là.. Je me sens bête, mais j'ai l'instinct de survie en veille, je m'efforce de ne pas penser, me vider la tête pour ne pas avoir trop peur, la nuit semble descendre, et je suis encore là à lever mon pouce bêtement. Plusieurs voitures ralentissent, me regardent mais aucune semble vouloir s'arrêter. J'avais espéré vaguement reconnaître la voiture de maman mais non il est trop tôt encore elle doit continuer de me chercher. Puis enfin alors la nuit est vraiment proche et que toutes les voitures ont maintenant les phares allumés, une vieille  voiture de peintre bien abîmé s'arrête, je me fiche de savoir si je vais me salir en entrant dans la voiture mais je suis bien reconnaissante, cette fois ci c'est un brave homme rondouillard  qui me propose de m'emmener plus près de chez moi. IL ne va pas jusqu'à la ville mais il veut bien m'emmener plus loin. Je suis soulagée, en route je lui raconte que je suis enceinte, ce qui ne se voit pas encore parce que pas encore sûre mais moi je sais que j'y suis, il sourit puis pour finir comme il a fini son travail décide de me conduire jusqu'à ma porte. Je suis si contente que je l'embrasserai bien ! A l'arrivée maman qui m'a cherchée pendant  pas mal de temps ne dira rien, trop contente de me voir entre de bonnes mains, nous offrons un café au brave homme, tout content de nous avoir rendu service.

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