MOSCA LA LIBERTINE


Arghhhh!!!J’ai encore envie de dormir !
J’étire avec précaution mes longues jambes gainées de noir...Au bout de chacune d’elles un patin de soie est là, doux et antidérapant...
Avec mes petites mains d’oisive, je frotte mes deux grands yeux aux facettes de couleurs
changeantes...
Mon champ de vision est large, très large....
Mais qu’est ce qu’il fait noir....
Aie!!!!
Le logement est exigu...
La famille est nombreuse...
Ma mère, grande, belle, un peu large de hanches après ses multiples grossesses a des reflets vert et bleu de toute beauté.


Elle a mis bas une portée de larves quelques jours auparavant...J’en fais partie...Et... depuis quelques heures je suis devenue une belle jeune fille, fine et racée....
Avec mes huit frères et soeurs, nous faisions connaissance en nous faisant des câlins et des léchouilles qui étaient très agréables.
L’endroit où nous nous trouvions était adorablement vivable, humide,     chaud et nauséabond  à souhait...
Nous avions vu le jour ...........dans la soutane d’un curé...


Une vieille soutane noire des années cinquante, qu’un vieux moine enfilait pour aller se promener dans la campagne, au volant d’une vieille “dedeuche” verte.
Ma mère avait profité d’un point décousu dans le bas dudit ourlet, pour s’y infiltrer, aller y pondre ses oeufs et y faire éclore sa progéniture...

Lorsque je suis sortie de ma gangue, le moinillon de campagne relevait le bas de son habit pour l’épousseter....
Je fus projetée avec ma famille dans tous les sens...
On se serait cru à la foire du trône avait dit maman...Savante, elle l’était car elle avait beaucoup voyagé...elle était d’une famille nombreuse, ......les Diptères....Et très fière de l’être apparemment..
Ca remuait drôlement dans l’appartement de vieille toile noire que le temps et la saleté avait mis à rude épreuve. Une soutane...Y devait plus y en avoir beaucoup au début de ce 21 et unième siècle....J’arrivais après une longue lutte à me faufiler par l’ourlet qui ne l’était justement plus....
        Une douleur brutale me fit crier...Je venais de rencontrer la lumière....


Les mille facettes de mon regard avaient été mises en veilleuse pour ne pas à être éblouie..
La voiture décapotable et sans amortisseur faisait un bruit terrifiant qui ressemblait à un gargantuesque râle.
Lorsque j’osais ouvrir mes petites loupiotes je m’aperçu que j’étais toujours accrochée à la soutane...Par une patte  seulement...mais je tenais....
Escaladant avec peine le rugueux et rébarbatif tissu, je me hissais jusqu’à l’épaule du rondouillard homme d’église, et ce que je vis me fit tournebouler le cigare....


Un paysage défilait derrière des vitres sales...celles du véhicule dernier cri prêté par le Vatican à  tous ses “prieurs” de campagne....Il y avait des arbres,


des chemins qui partaient dans tous les sens...Des automobiles de toutes les couleurs, des voitures qui tiraient des remorques derrière elles.....


des gens qui semblaient marcher comme des tortues , le dos courbés, la tête rentrée dans les épaules, faisant gicler avec leurs pieds des myriades de gouttes d’eau....Et oui, ce jour là, il pleuvait....


Et la pluie ça faisait beaucoup de bruit sur la capote de la deudeuche, que le moinillon
venait de remonter...
Mes douzaines d’yeux furent attirés par quelque chose, devant nous sur la route, qui avait obligé le  papouilleur de chapelet  de Jésus à ralentir....
Qu’est ce que c’était beau...magnifique...génial....super cool ....Trop beau...quoi !!!
Une mobylette année 70..bleue...que chevauchait une princesse


avec un casque bleu, un imper bleu et des tongs ...bleues....Ah ! J’oubliais...les sacoches...bleues......elles aussi....
Mais qu’est ce qu’elle allait planplan....!!!
Sur le pare choc il y avait une plaque fixée, sur laquelle était marqué.....YOYOTTE.....
Je ne savais pas trop en fait si c’était la mob où la majesté qui se la pilotait, style B.B. sur sa Harley...qui se gargarisait du nom susnommé...Il fallait que j’en ai le coeur net...
Ma mère qui m’avait rejointe sur l’épaule du pote à Jésus avec toute la marmaille  me léchouillait encore comme si j’étais toujours sa petite larve adorée...
Je déployais mes ailes et me mis à tripoter mes antennes...Je les réglais pour les mettre sur la bonne fréquence.. Si l me prenait l’envie de me tirer de l’ambiance judéo-chrétienne qui régnait dans la clinique où j’avais vu le jour, il fallait que je sois tip top...
La “matere” qui me connaissait comme si elle m’avait faite...vue que c’était le cas...me demanda de rester encore un peu ..de ne pas jouer à l’aventurière...Je lui répondis d’un ton sec qu’elle me lâche les patins...J’étais assez grande pour diriger ma vie...
Naturellement comme toutes les couveuses elle me raconta l’histoire du grand oncle Mouchame qui était une forte tête et qui avait fait les pires “mouchardises” que l’on peut imaginer...Il avait fini les ailes brisées dans un bol rempli de vinaigre...


C’était nul et ringard...
Puis j’écoutais avec un agacement grandissant la dramatique fin d’un petite cousine de ma génitrice la grande ZaZa qui , aventurière dans l’âme avait voulu parcourir le monde... Elle s’était embarquée à bord d’un avion qui reliait le continent africain...


Elle s’était rendue là bas dans l’espoir de convertir les “tsétsé” tribu d’endormeuse  et de fouteuse de merde..dans le monde syndiqué des insectes....
Peine perdue...les traitresses l’avait amadouée au point de lui faire croire qu’elle était leur salvatrice....
Avec des “tsétsèment” lugubre elles la pousèrent dans le chaudron des pygmés mangeurs d’hommes où mijotait à petit feu un prêcheur un peu trop bavard... mais tellement goûteux...Son dernier râle fut pathétique......
”Je suis cuite dit-elle...!.”
Cette histoire et bien d’autres faisaient partie du patrimoine familial et je savais que si je restais j’en aurais pour des heures à me farcir les contes des mille et une mouche...
(veuillez vous reporter au recueil de  Bzeubzeu Dipterus)


revu et corrigé par l’ainée des Diptères.....Mégamouch ma Môman bien aimée.... que j’allais quitter pour aller vivre ma vie....Je me retournais, lui fit une léchouille sur sa patte si douce et si veloutée...Une larme perla au bout de mes longs cils de soie.....


Me retournant brusquement je manquais de perdre l’équilibre..Je me rattrappais de justesse...Il ne fallait surtout pas que je rate mon envol...La vitre gauche de la portière arrière était entr’ouverte..Je filais droit vers la liberté....
Droit sur la mobylette ...droit sur la princesse bleue....
Je me posais sur les sacoches trempées...Je dérapais...Me léchais pour sécher mes ailes ...Puis je trouvais un passage...J’entrais dans un endroit noir, sec et qui sentait pas la soutane......Des senteurs de légumes, de charcutailles, de fromages déjà bien avancés avaient la une...
Je me faufilais sous un couvercle en carton sur lequel j’avais distingué dans la pénombre une tronche qui me rappelait quelque chose....le moinillon de la deudeuche.... la même coupe de cheveux, sans cheveux d’ailleurs...la même robe ...et le même petit ventre bien rempli...La boîte m’inspirait confiance...L’odeur était super ...Quel moelleux...Mais nom d’une larve c’est un camembert...


Et un bon de plus ce qui ne gâtait rien...J’entendis une douce mélopée s’élever de la
boite en question une fois que j’eusse refermé le couvercle sur mon postérieur....
”Chaussée aux ...”
Vous connaissez la suite. J’vais pas vous la raconter....
Je m’endormis, après avoir fait ripaille....Bercée par le bruit de pétarade de la mobylette bleu..
Je fis un rêve étrange....
J’étais dans un drôle de pays où il faisait nuit et froid....
Mais froid...froid de chez froid quoi !
C’est vrai qu’avec mes bas de soie et ma jupette noire en “velours panné” je n’étais pas bien couverte..


.Mais j’ avais refusé d’enfiler la parka façon année 7O que ma mère voulait me faire
mettre lorsque je vivais encore avec la marmaille....
Je commençais à la regretter... De violents frissons me secouaient et mes mandibules claquaient super fort.. Pourvu que ça n’aille pas me péter les jolies quenottes


que j’avais héritées de mon paternel  (a ce que l’on m’avait raconté : moi, je ne l’avais pas connu, il avait quitté ma mère alors qu’elle allait mettre au monde sa nichée de larves.... s’enfuyant avec Anophele une voisine qui avait des actions dans un labo de vaccins contre la malaria...)


Je décidais de soulever le chapeau de la boîte où j’avais flirtée avec morphée...Rien, le noir
complet...Mais un noir encore plus froid...J’avais les yeux qui me piquaient, les lêvres qui se collaient comme si elles avaient peur d’être un jour séparées...
Mes pattes, mes si fragiles petites pattes, ne me soutenaient plus... Je restais allongée sur le fromage qui n’avait plus l’air moêlleux du tout... Dur qu’il était le super calendos de chez
“Je marche tout seul”...
Et puis je tendis mes antennes... Qu’est ce que c’était que ce bruit, comme un ronronnement... Mais
c’était pas un ronronnement qui calme et qui détend... Non, c’était un ronronnement
“ennemi”...J’en étais sûre...
Tout d’un coup, une lumière aveuglante, me fit vriller les tympans...


Je vis une tête devant moi...La tête de la dame à la Mobylette bleue... Enfin je pensais que c’était elle...Vu qu’elle avait sur la tête des trucs bizarres avec des piques plantés dedans et tout celà de  couleur bleu...J’en ai donc déduis que ce ne pouvait être qu’elle, Vu qu’à part le cureton à la soutane, où j’avais ouverts mes quinquets, je ne connaissais pas encore d’autres humains...Celà ne pouvait être qu’elle...
Mais je me mis à rire... Elle avait sur la figure du blanc étalé...et par dessus des rondelles de choses qui avaient l’air mouillées, de couleur verte...
Une musique, enfin si on peut appeler celà une musique... un tintamare emplit mon espace
auditif...” ......qui en sortant dans la mare, se secouent le bas des reins.... coin... coin... coin... coin...”...
Quel bruit désagréable, surtout que la dame aux rondelles verte chantait en même temps qu’elle tendait une main boudinée et rouge vers mon antre....


© -26 / 03 /2003 - Tous droits réservés.


HISTORIETTES

MENU

ACCUEIL

SUITE