Les Salons Obscurs 7
La
fin des vacances coïncide avec une période très active. Je n’avais pas le temps
de m’ennuyer ! Alain était revenu, plus tendre que jamais, Serge était
adorable, Dominique m’envoyait des cartes postales de ses escales, Gilles téléphonait…
Tout le monde me parlait, et je parlais à beaucoup de gens …
J’ai
dit précédemment que les salons d’abonnés étaient par thème, mais en plus ils
ont des noms particuliers : le salon du Marquis ou le salon du griffon. On
était entre habitués, entre gens qui s’appréciaient.
C’est
chez Marquis, que j’ai rencontré Rick ! J’avais mis un texte ou deux sur
le site de Bruno,(monseigneur), et il voulait que j’en mette sur le sien !
Pourquoi m’a-t-il attiré ? Pourquoi lui et pas un autre ? Comment
expliquer ? Je ne sais pas… Peut-être parce qu’il m’avait promis de
m’aider à créer mon propre site… Je lui envoyais des poèmes, ceux pour lui, et
d’autres… Régis m’avait fait une très jolie photo pour l’illustrer, celle qui
est sur le site de JJ d’ailleurs.
Et
puis un jour, boum ! Il m’appelle pour me dire qu’il laisse tout tomber,
qu’il en a marre, qu’il ne veut plus rien faire, et donc qu’il ne fera pas mon
site non plus ! J’étais déçue, bien sur mais surtout, mal à l’aise, je
sentais qu’il était bon pour faire une connerie… J’ai longtemps bavarder avec
lui, mais je me sentais impuissante, parce que trop loin… Nul doute que s’il
avait été plus près j’aurai pris ma voiture pour aller lui botter les fesses et
lui remettre les idées en place ! Mais là, je me sentais nulle… quand il
s’est déconnecté je suis entré dans le premier salon, pour demander si
quelqu’un connaissait son numéro de téléphone, et devant la négative, j’ai dû
me résoudre à abandonner !
Les
jours passaient… Je voyais son nom s’allumer dans ma liste. Oh il est là, me
disais-je, donc tout va bien !
Vers
fin décembre, sa compagne m’a contactée. Croyant que c’était Rick je lui
dis : « Tiens t’es pas mort, tu te souviens de moi ? »
-« C’est
Sylvie, me dit-elle, Rick est dans le comas depuis 3 semaines ! Il a eu un
accident de moto, il a 103 fractures aux jambes et au bras, et on n’est pas sûr
de le sauver ! »
Bénit
soit cet écran qui me protégeât ! Ce soir-là, ma peine était immense… Je
ressentais comme un échec cuisant de n’avoir pas pu l’aider au bon moment !
Il n’y avait aucun doute dans ma tête, je sentais que ce n’était pas vraiment
un accident, mais je me suis bien gardé de le lui dire. L’heure était aux
messages d’espoir, elle en avait besoin ! Au matin de Noël, Rick reprenait
conscience, et nous gardions l’espoir, tout en sachant que s’il vivait, il ne
remarcherait plus…
Il
s’est éteint le soir du premier janvier à 23h58.
Adieu
mon ami…
Les
Salons Obscurs 8
Cette
fin d’année fut très riche de contacts, et je vous demande d’être indulgent. Je
ne respecte pas l’ordre chronologique.
Alain m’avait invité pour la
deuxième fois, pour un week-end, en Ardèche et j’avais encore refusé !
Cette fois-ci, parce que, financièrement, je ne pouvais pas aller si loin, à
mon plus grand regret.
Je
crois que cette fois, il a eu du mal à digérer ma défection, mais le Dieu Fric ne nous laisse pas toujours faire ce
qu’on veut.
C’est
à cette période que Serge décidait de prendre du recul…
Vers
mi-décembre Alain m’invita une ultime fois : Il souhaitait que je
l’accompagne, pour aller fêter le nouvel an dans une île paradisiaque ! Le
sort s’acharnait ! Je ne pouvais pas accepter ! Et le pire c’est que
quand j’ai dit ça à mes enfants, ils m’ont traitée de triple buse parce que
j’avais refusé ! Euh… Ils n’ont pas employé ce terme, quand même !
Et
pour couronner le tout Rick se mourait sur un lit d’hôpital, quelque part dans
le sud de la France, pour avoir, avec sa moto, raté un virage, à une vitesse
excessive…
Je
devenais dépressive… Un rien me faisait pleurer…un rien me faisait souffrir…
Dans cet état d’esprit, je continuais à
fréquenter les salons habituels. Quand j’ai appris l’accident, j’étais dans un
de ces salons, celui du griffon, je crois.
Mais
je ne participais pas et après leur avoir dit pourquoi je restais muette, il
s’est avéré que beaucoup de gens le connaissaient, l’avaient même rencontré.
Autrefois
on tuait le messager porteur de mauvaises nouvelles, là j’ai servi de relais
pour qu’ils puissent exprimer à Sylvie, leur sympathie.
J’étais
connectée souvent, et souvent tard dans la nuit… C’est comme ça que j’ai connu
Patrick (un autre) que j’appellerai Griff, je sais qu’il ne m’en voudra pas. Il
était insomniaque, comme moi, et restait connecté jusqu’à 3 ou 4 heures du
matin.
Je
capitulais bien avant !
Que
dire de Griff ? J’avais l’impression de retrouvé mon frère depuis
longtemps disparu. Nous avions décidé dès le début que nous n’aurions pas des
relations de maître à soumise, j’avais refusé, mais nous nous sommes découverts
tellement de points communs, à commencer par ce goût prononcé pour les mots.
Je
pouvais discuter de tout et de rien avec Griff, de poèmes, de musique, de
soumission, de sexe, de relations homme-femme, de toutes les choses de la vie,
de cette vie où je n’étais encore qu’une débutante. Il était patient Griff, et
je crois bien que je l’aimais …