Maman aurait tellement aimé écrire ses mémoires pour ses petits-enfants, elle
n'en a jamais eu le temps...
Pour se décrire ou décrire sa propre vie, à quoi tient ce caractère, cette
personnalité qui nous identifie et nous fait suivre un chemin plutôt qu'un
autre ?
Il tient sans doute à toutes les générations qui nous ont précédées, à ce grand
défilé de vies diverses, avec ses joies ses peines ses tragédies, la façon dont
chaque expérience à été vécue, digérée...
Pour ma part, savoir qui ont été ces gens m'a toujours attirée, je ne suis pas
seule je pense en voyant le nombre impressionnant de personnes se passionnant
pour leur généalogie, à la recherche de leurs racines, sans oublier celles qui
sont nées sans connaître leurs géniteurs et qui passent des années à faire des
recherches, et il y a ceux qui , tout simplement aiment imaginer que leur
vie aurait été bien différente si ils étaient nés dans telle ou telle famille
dans tel ou tel pays...
Pour les familles dont je suis issue les caractéristiques premières, font état
de tempéraments diamétralement opposés.
Du coté de papa une famille apparemment calme, douce, effacée, cachant ses
peurs ses plaies, mon grand père étant orphelin, sans doute de la région de
Fougères, je n'en connais pas grand chose, sa femme Sainte de son prénom, douce
effacée, peu bavarde même si elle tenait une petite épicerie, il me reste
d'elle des cartes postales que deux de ses frères lui envoyèrent du front
pendant la grande guerre 14-18, et que papa a précieusement gardées.


Traduction du recto de la carte postale
Valdurenque le 12 décembre 1918
Bien chère soeur.
c'est avec grand plaisir que je fais réponse à ta lettre qui m'a fait le plus grand
plaisir de reçevoir de tes nouvelles et surtout que vous etes tous en bonne santé,
tant qu'à moi je me portes toujours bien et j'espère que ma carte te trouve de même tu
me dis qu'il faut au moins deux mois pour savoir le métier de mitrailleur, mais je vais passer
à Frontillent (?) que 25 jours enfin c'est toujours autant de tiré, enfin chère soeur
je ne pense pas partir avant le mois de février pour le front je fini en t'embrassant de
tout mon coeur en attendant le jour de le faire de plus près
Ton frère qui pense à toi
Jean B
Ces garçons visiblement simples, refusant de se plaindre, pour, j'imagine, ne
pas inquiéter les leurs, restés au pays, mais très unis et s'aimant fort, tout
en sous-entendus...
Par contre du coté de maman, les Martin, gaillards de fort tempérament, son
père mesurait plus de deux mètres faisait ses sabots lui-même car ses pieds
étaient très grands et il pesait plus de 100kgs... Dans sa jeunesse il
empêchait les filles de marcher sur la route pour aller à l'école, elles
devaient marcher dans le fossé uniquement !!!
Les plus anciens représentant des Martin on les a retrouvés en 1690 et 1740,
Guillemette mariée à René, on a vu aussi que huit générations se sont succédées
dans la même ferme, se mariant entre voisins. Sans doute ont ils vécu pas mal
d'histoires, qui était Gilles qui ne prit jamais femme ? Je m'en demande encore
quelques fois la raison.
Et ce fameux François Martin mentionné dans les livres, lui aussi de Vitré,
parti de St Malo à bord du Croissant, qui le 8 juillet 1602 découvrait l'île
de Ceylan est-il de mes ancêtres ? C'est possible, je ne suis pas descendue
aussi loin dans la généalogie, mais maman aimait à le penser.
Il y a eu aussi cette grande fratrie de huit filles et un garçon, seul pour
relever le nom, reprenant déjà le prénom de son frère décédé à l'âge de trois ans.
Puis le grand-père de maman est ce lui dont on dit qu'il est mort fou, il
tournait sans arrêt autour de la table ? Qu'est ce qui le poussait à le faire ?
Il est aussi question d'une lointaine cousine fille mère dont la mère interdit
de nourrir son bébé après l'accouchement, celui-ci mourut au bout de plusieurs
jours d'épuisement, les gendarmes vinrent arrêter la fille qui passa pas mal de
temps en prison. Que pensaient donc la mère, le père et les frères et soeurs de
cette histoire ?
Qui étaient-ils ? Qui sommes nous ?
J'ai la photo de mariage du père de ma grand-mère du côté de la mère de maman,
avec sa troisième femme, sa fille aînée, ma grand-mère se tient droite à coté
de son père la seule assise à sa droite, sa nouvelle femme à sa gauche, et tous
les autres enfants qu'il a eu avec sa deuxième femme elle aussi morte en
couche, derrière. C'est un patriarche, avec une fière moustache, costaud, un
maître de ferme.
En ces temps les fermiers étaient des chefs, maître de plusieurs valets et
servantes de ferme, toute une petite entreprise vivant en vase clos. Avec tout
ce qui peut se passer quand il n'y a pas de témoins extérieurs...
Dans la ferme il y avait aussi des fileuses, plusieurs travaillaient dans une pièce,
et allaient laver leur laine dans la marre de la ferme.
Ainsi, ma grand-mère, fille aînée servant trop souvent de bonne aux
belles-mères successives accepta d'épouser ce grand Martin, sous conditions,
elle ne voulait pas avoir plus de deux enfants !!!
Son mari devait l'aimer et la respecter suffisamment car elle n'eut bien sûr
que maman et son frère aîné. Quitte d'ailleurs à fréquenter les maisons
closes....
Maman naquit à Cornillé tout-petit village, son père l'adorait comme tout le
monde, laissant de coté le grand frère plus caustique, la petite était vive et
maligne mais la je vous laisse voir ce que maman a écrit elle-même, je vous
fait une retransmission de son histoire telle qu'elle l'a écrite.
Maman est née le 21 octobre 1923, je lui laisse la parole....
« Du plus loin que je me souvienne, je devais avoir environ 4 ans, je me
rappelle surtout de ma mère, qui aimait à me câliner, j'aimais son odeur, cela
est la plus forte impression de ma petite enfance.
J'étais très espiègle, et très vive, et mes parents étaient très fiers de mes
réparties, cela les faisait beaucoup rire. Vers l'âge de quatre ans et demi,
mes parents m'ont envoyée à l'école. Nous partions mon frère et moi, main dans
la main, faire les deux kilomètres tous les matins et tous les soirs, on
partait en emportant notre déjeuner du midi que l'on mangeait au bistrot de
village.
Tous les ans au début décembre, mon frère et moi, on commençait à prier en
allant à l'école tout le long du chemin pour avoir des jouets que le petit
jésus nous apporterait, il descend par la crémaillère tout le long de la
cheminée.
J'avais à peu près six ans ; quand mon père à décidé de faire un car pour aller
au mont st Michel, quelle fête cela à été pour moi, et je me souviens surtout
quand on est passé sur une petite barque du mont au chemin de halage car la mer
était grosse, c'était pour mes yeux d'enfant magnifique ! Un an après, mon père
acheta une auto, personne encore, à part le châtelain, n'avait de voiture. Que
j'étais fière quand il avait besoin de faire des courses à Vitré, la route
passait devant l'école, il nous déposait en passant.
Un jour ma mère m'a demandée de lui acheter une boite de pastilles Valda, car
elle avait mal à la gorge et elle était enrhumée, mais moi et mes petits
camarades, on les a toutes mangées dans l'après-midi en en gardant une pour
maman, le soir c'était la fessée et dire mon chapelet dans la chambre à coucher
à genoux.
A l'âge de six ans, j'ai perdu ma grand-mère, je me rappelle ce matin où, nous
devions mon frère et moi, aller avec mes parents à un mariage, nous étions tout
heureux d'y aller et le matin, nos parents vinrent dans la chambre nous dire
que nous n'allions pas au mariage car notre grand-mère était décédée. Nous
avons été très déçu car nous l'aimions beaucoup.
Le dimanche quand nous allions la voir dans la maison à Etrelles où elle
s'était retirée, elle nous gâtait toujours, un jour je me suis enfuie dans son
jardin qui était plein d'arbres fruitiers, et tandis que les parents me
cherchaient partout, j'étais grimpée dans un poirier à manger du raisin qui
grimpait au mur.
A huit ans, mes parents ont déménagé, on venait habiter à Vitré exploiter une
ferme beaucoup plus petite, 10 hectares, que mes parents avaient acheté. Cela a
été tout un changement pour moi. D'abord une ville de 12 000 habitants alors
que Cornillé, la commune où je suis née, ne faisait que 1 200 habitants. On
était fiers de venir y habiter.
J'ai donc été à l'école à vitré, grand changement aussi, car à Cornillé,
j'étais le chouchou de la maîtresse qui faisait tous mes caprices, donc mon
savoir était des plus bas, mais à Vitré, changement de décors, d'abord ils ne
savaient pas dans quelle classe me mettre vu le peu que l'on m'avait appris.
Là, je n'étais plus la préférée et l'on m'a fait travailler dur pour le retard
que j'avais pris, il n'était plus question de redoubler, j'étais toujours dans
les 10 ou 12 premiers, je n'ai pas eu mon certificat car je ne l'ai pas passé.
Mes parents exploitaient donc une petite ferme qu'ils avaient acheté en faisant
un emprunt au crédit agricole et l'argent était rare à la maison. Comme nous
habitions à coté d'une usine de cidre, où, en saison, il y avait de 150 à 200
ouvriers, ils ont ouvert un café, et c'est moi qui servait à boire aux clients.
Cela a bien aidé pour payer la ferme car leur donnait de l'argent frais tous
les jours."
Je termine là son récit. ...
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