LA PETITE ENFANCE - 1



    Nous vivions dans un taudis, les propriétaires, deux vieilles filles acariâtres ne voulaient pas entendre parler de rénovations, mon père fit même constater par huissier l'état lamentable de la maison.



En dehors du magasin qu'il avait lui-même fait refaire à ses frais, il y avait une arrière cuisine avec une marche à descendre pour se retrouver dans la cuisine, pièce sombre avec une petite fenêtre, une cave très humide, la maison était construite sur un ancien puits et il y avait une grande flaque en permanence, nous avions interdiction de descendre mais il n'y avait aucun risque car il y avait des rats, une mauvaise échelle pour y descendre et pas de lumière. Seulement deux chambres à l'étage, peu spacieuses et trop bas de plafond pour les armoires. Dans la notre il y avait une odeur de tabac, car souvent papa y mettait des réserves de tabac. 
Pas de sanitaires bien sur, pour nous laver nous utilisions une simple bassine, les shampooings était une corvée, papa nous mettait sur une planche la tête au-dessous du robinet de l'évier et je me souviens que le coté de la planche me coupait la nuque. Les wc était en bois dans la cour et nous devions en plus les partager avec le boulanger voisin qui ne pouvait pas nous supporter, il arrivait qu'il nous fasse des mauvaises farces, le papier wc était des morceaux de papier journal, soigneusement coupés à la même taille accrochés à un clou .

Pour le vendredi, maman avait embauché une grosse dame pour faire les galettes, très demandées par les clients, personne ne l'aimait c'était une femme d'un tempérament aussi fort que sa poitrine était généreuse, elle ne se gênait jamais pour dire ce qu'elle pensait et était plutôt mauvaise langue, mais maman n'osait pas la renvoyer, elle détestait entre autre ma soeur aînée ayant remarqué combien elle était écoutée plus que Roselyne et moi, elle l'avait surnommée "la princesse" et se moquait d'elle, du coup je la trouvais plutôt sympathique contrairement au reste de la famille, il en était de même pour le boulanger voisin, je n'ai jamais rien eu à lui reprocher et  je le trouvais plutôt sympathique aussi.

Dans les souvenirs les plus lointains il y a un peu la grand mère, je revois une "masse", ce n'est pas péjoratif, juste une impression sans visage qui cache la clarté de la porte d'entrée les mains dans le dos, je sais que si elle reste comme cela à me sourire, c'est qu'elle m'a apporté quelque chose, et je suis toute contente, dans la semaine en ville  dans une boulangerie j'avais remarqué à la vitrine un petit cycliste et en sortant j'avais dis à ma grand-mère, qu'il me plaisait, mais elle n'avait pas voulu me l'offrir. Là, elle en avait six dans son dos, j'étais très contente je l'embrassais très fort, et je me promettais de les montrer à mon cousin que je voyais tous les dimanche, mais à mon grand étonnement il avait eut les mêmes. Chaque fois que grand mère achetais un cadeau à l'un elle achetais le même à l'autre, je me rappelle également d'un petit chien en peluche que mon cousin arbora triomphalement mais j'avais eu le même aussi, ce qui ne provoquait pas la jalousie mais une certaine amertume de ne pas être plus aimé que l'autre, comme maman me repoussais j'avais un temps espéré être aimée de ma grand-mère, mais je ne rendais compte qu'en plus il fallait la partager avec mes cousins ! de toute façon, la préférée sans conteste était ma soeur aînée, dès qu'elle rentrait de l'école, maman et grand mère lâchait tout pour s'occuper d'elle, elle n'en était pas du tout reconnaissante au contraire, cet amour était trop pesant, et lui enlevait toute liberté.
Un autre souvenir est celui de maman dans la boutique, assise à la caisse lisant le journal ou une revue, je me glisse subrepticement sur ses genoux, elle me garde un temps mais me trouve trop encombrante aussi elle me dit que je suis trop grande pour venir sur ses genoux, et que je dois désormais y renoncer, elle a du travail je dois retourner dans la cuisine avec la grand-mère, mais au lieu de repartir je me cache derrière la gondole, visiblement elle m'a rien de spéciale à faire elle reste assise le regard dans le vague, soudain elle m'aperçois, et se rend compte qu'elle est prise en flagrant délit de mensonge, alors elle se fâche et me renvoie. Je suis honteuse et déçue, elle ne veux pas de moi et je ne sais pas pourquoi...
Une nuit cependant, comme j'avais de la fièvre dans mon petit lit à barreaux à coté du lit de mes parents, un cauchemar me réveille en larme, maman me mets entre elle et papa dans son lit, j'en ai eu un plaisir indicible, d'être là, dans le lit entre mes parents, bien au chaud. Mais le jour suivant on me remets dans la chambre avec mes soeurs. Christiane avait tout pouvoir, et nous devions Roselyne et moi nous plier à ses caprices.

Je me permets  de faire un petit intermède pour préciser que je n'ai nullement l'intention de régler des comptes avec les membres de ma famille, il y a bien longtemps que nous avons baissé les armes, et ces petits faits ne sont là que pour raconter comment on peu se sortir de situations difficiles, ce n'était agréable ni pour mes soeurs ni pour moi, mais il ne peu y avoir de reproches à faire à personne.

Maman a décrété qu'elle n'a pas le temps de s'occuper de moi, ainsi c'est à ma soeur qu'incombe la charge de ses deux petites soeurs, cette situation ne lui plaît pas, elle n'est pas une maman, et on lui demande de la remplacer alors qu'elle est là, je crois qu'elle lui en voudra toute sa vie de ne pas lui avoir laisser vivre son enfance comme une enfant ordinaire.  Le fait d'être plus écouter ne l'aidait pas, elle manquait d'éducation, comme tout enfant laisser à lui-même sans barrières et en souffrait.

Je vais donc faire connaissance par elle du sentiment d'injustice, avec ses corollaires, la jalousie, voir même la haine, l'envie de vengeance, et la colère.
Ma première réaction a été la vengeance immédiate, comme je m'avais aucune force contre une soeur de six ans de plus que moi,  il me restais pour me défendre que de la mordre, sur le coup je suis soulagée, mais bien sur, ceci est interdit par papa, et pour me montrer comme j'ai mal agit il me mord à son tour, en effet je dois renoncer à cette sorte de vengeance j'essai donc la colère, je suis moi-même surprise de la force de ce sentiment, je hurle, mais là aussi la réponse de papa est de me lancer en pleine visage un gant de toilette d'eau froide, je n'aurais jamais pensé que ça pouvais être désagréable à ce point, j'en ai le souffle coupé.... Je n'ai plus d'argument, je renonce... pour le moment .....

Il parait, que les enfants ne se souviennent plus des événements désagréables de leur petite vie, mais gardent de préférence, les plus agréables, pour ma pars il n'en ai rien, j'ai souvenance de moments agréables et aussi des désagréables comme celui-ci...

Je suis dans la cuisine à jouer toute seule comme d'habitude avec des bouts de bois destinés au poêle, et maman est là, elle épluche des légumes, elle prépare un pot au feu, du coin de l'oeil je vois des larmes aussi je m'inquiète et je viens vers elle, je voudrais l'aider, j'ai mal de la voir pleurer, déjà l'autre jour après l'école, ma soeur Roselyne s'est fait secouée à cause de ses mauvaises notes, personne ne pense qu'elle n'y peu rien, elle fait un peu de dyslexie et inverse facilement les syllabes, ainsi  elle dit "gamazin" au lieu de magasin etc. ... elle pleure car papa la gronde et moi de la voir pleurer je me mets aussitôt à pleurer aussi, je n'aime pas voir pleurer  les autres, aussi je me fais gronder pour m'occuper de ce qui ne me regarde pas, nous sommes deux à pleurer, et moi, il parrait que c'est sans raison...
En tout cas maman ne veux pas que la regarde, elle me dit que ce sont les oignons qu'elle épluche qui la font pleurer, alors je ne dis rien je trouve cela étonnant mais je veux bien la croire, puis finalement après avoir mis ses légumes dans la marmite elle continue de pleurer, elle me regarde et vient vers moi, se place à mon niveau et me lance dans le visage comme un coup de tonnerre, "si papa et maman n'étaient plus ensemble tu préférerais aller avec qui ?"
La phrase m'abat d'un coup. Comment ça ? je dois choisir ? Maman et papa, ce sont deux personnes différentes ? et ils pourraient ne plus être ensemble ? Voilà une chose à laquelle je n'aurais jamais pensé. Pour moi les deux sont indissociable. Mon monde s'écroule d'un coup.
Et cette cocotte minute qui siffle à toute vapeur m'embrouille la tête...
Mon hésitation à répondre agace maman, je l'ai perdue, j'aurais du dire sans réfléchir" avec toi maman ! "Mais je ne l'ai pas fait, trop éberluée pour réagir vite, je ne peu pas renier papa quand même !! et là je pense que maintenant elle aura une bonne raison de ne pas m'aimer...  Plus jamais je n'ai revu maman pleurer à cause de papa, dans l'ensemble ils s'entendaient bien ; il faut croire qu'une simple querelle peu faire plus de dégât qu'il n'y parait dans le coeur d'un enfant.
Mais sans doute un autre enfant n'aurait pas réagit de la même façon, à chacun ses sensibilité..Je ne peu m'empêcher de penser à ces très nombreux enfants à qui cela arrive si souvent et je sais quelle souffrance leur tombe dessus à ce moment précis, pour moi, il n'y eu pas de suite, pour beaucoup ce n'est que le début d'une longue suite de souffrances  ...
   
Je n'ai jamais eu d'habits neufs, je devais finir ceux de mes soeurs, la seule tenue neuve à été un ensemble que maman avait tricoter en laine rouge, son premier essai de tricot, j'étais très contente c'était ma couleur préférée. Elle m'appelait "le petit chaperon rouge". Le dimanche nous mettions nos habits du dimanche, plus beaux, j'enviais mes soeurs qui avaient de beaux ensembles, et j'avais hâte qu'ils soient trop petit pour en hériter. Il nous fallait mettre un chapeau pour aller à l'église, car il ne fallait pas y aller tête nue, papa et maman allaient à la toute première messe pour ouvrir ensuite le magasin et Christiane était chargée de nous emmener à la grand messe qui durait une demi heure de plus que les autres, je ne souviens comme je trouvais pénible ces longs moments passés debout à attendre,  en récitant du latin qui ne me touchait pas, une langue étrange et incompréhensible. Les enfants devaient aller dans le haut, au tout premier rang, avec les autres enfants et ceux qui faisaient leur catéchisme devaient pointer. Ils avaient un carton que l'abbé signait et il ne fallait avoir aucun blanc ! ne manquer aucun dimanche.
Un dimanche, Christiane décréta qu'elle n'irait plus dans le haut de l'église, elle était trop grande et si l'abbé venait la chercher elle quitterait l'église, évidemment c'est ce qui arriva, ainsi elle quitta l'église avant le début, et elle n'y remit les pieds que pour les grandes cérémonies, en douce, au lieu d'aller à l'église elle allait chez une copine, deux maisons plus loin et nous avions ordre de ne rien dire aux parents et de venir la récupérer après la messe.
Mon Noël le plus ancien, je me revois admirer un gros nounours qui était à vendre dans la vitrine, il me plaît beaucoup et à la longue de le demander aux parents, j'obtiens la promesse qu'il sera à moi si personne ne l'achète avant Noël, aussi chaque soir en rentrant de l'école je vérifie qu'il est toujours là, il a un beau noeud bleu autour du cou.

Enfin la veille du grand jour le nounours a disparut ! je préfère ne pas penser qu'il a été vendu comme ça au tout dernier moment, sinon je serais vraiment triste, et bien sur quand j'ouvre mon paquet il y a dedans le nounours, on a voulu me faire croire que ce n'était pas le même parce qu'il avait  un noeud rose mais pas moyens de me tromper je l'ai reconnu, noeud différent ou pas, c'est bien celui qui est resté tout ce temps en vitrine..
J'aime cette période avant Noël, il y a dans l'air comme un soupçon de sous-entendus de petits secrets.
Avec mes soeurs nous cherchons un peu partout si l'on découvre des paquets et ce petit jeu est plus agréable que le cadeau lui-même, il y a une complicité entre nous quand nous avons découvert la cachette, et nous faisons pleins de suppositions... Je revois la crèche que maman ne manquait jamais de faire, le petit Jésus n'était mis que le jour de Noël, pas avant, et je trouvais très joli ce petit bébé qui me tendait les bras, un jour que je le regardais en relevant la tête, je vois un autre Jésus, le même parait-il, mais celui-là a les bras en croix, crucifié, la tête couronnée d'épines, et la lui, il me fais peur, je me dis que ce ne peu pas être le même, qu'avait-il fait pour mériter une telle mort ? On m'avait raconter qu'il avait toujours été très gentil toute sa vie, je ne comprenait pas les gens qui avaient tuer un si gentil garçon, et je me dis que je préfére le petit bébé qui m'apporte des jouets à cet homme mort sur sa croix dans la souffrance, ça ne peu pas être le même...


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