Nous vivions dans un taudis, les propriétaires, deux vieilles filles acariâtres
ne voulaient pas entendre parler de rénovations, mon père fit même constater
par huissier l'état lamentable de la maison.
En dehors du magasin qu'il avait
lui-même fait refaire à ses frais, il y avait une arrière cuisine avec une
marche à descendre pour se retrouver dans la cuisine, pièce sombre avec une
petite fenêtre, une cave très humide, la maison était construite sur un ancien
puits et il y avait une grande flaque en permanence, nous avions interdiction
de descendre mais il n'y avait aucun risque car il y avait des rats, une
mauvaise échelle pour y descendre et pas de lumière. Seulement deux chambres à
l'étage, peu spacieuses et trop bas de plafond pour les armoires. Dans la notre
il y avait une odeur de tabac, car souvent papa y mettait des réserves de
tabac.
Pas de sanitaires bien sur, pour nous laver nous utilisions une simple bassine,
les shampooings était une corvée, papa nous mettait sur une planche la tête
au-dessous du robinet de l'évier et je me souviens que le coté de la planche me
coupait la nuque. Les wc était en bois dans la cour et nous devions en plus les
partager avec le boulanger voisin qui ne pouvait pas nous supporter, il
arrivait qu'il nous fasse des mauvaises farces, le papier wc était des morceaux
de papier journal, soigneusement coupés à la même taille accrochés à un clou .
Pour le vendredi, maman avait embauché une grosse dame pour faire les galettes,
très demandées par les clients, personne ne l'aimait c'était une femme d'un
tempérament aussi fort que sa poitrine était généreuse, elle ne se gênait
jamais pour dire ce qu'elle pensait et était plutôt mauvaise langue, mais maman
n'osait pas la renvoyer, elle détestait entre autre ma soeur aînée ayant
remarqué combien elle était écoutée plus que Roselyne et moi, elle l'avait
surnommée "la princesse" et se moquait d'elle, du coup je la trouvais
plutôt sympathique contrairement au reste de la famille, il en était de même pour
le boulanger voisin, je n'ai jamais rien eu à lui reprocher et je le
trouvais plutôt sympathique aussi.
Dans les souvenirs les plus lointains il y a un peu la grand mère, je revois
une "masse", ce n'est pas péjoratif, juste une impression sans visage
qui cache la clarté de la porte d'entrée les mains dans le dos, je sais que si
elle reste comme cela à me sourire, c'est qu'elle m'a apporté quelque chose, et
je suis toute contente, dans la semaine en ville dans une boulangerie
j'avais remarqué à la vitrine un petit cycliste et en sortant j'avais dis à ma
grand-mère, qu'il me plaisait, mais elle n'avait pas voulu me l'offrir. Là,
elle en avait six dans son dos, j'étais très contente je l'embrassais très
fort, et je me promettais de les montrer à mon cousin que je voyais tous les
dimanche, mais à mon grand étonnement il avait eut les mêmes. Chaque fois que
grand mère achetais un cadeau à l'un elle achetais le même à l'autre, je me
rappelle également d'un petit chien en peluche que mon cousin arbora
triomphalement mais j'avais eu le même aussi, ce qui ne provoquait pas la
jalousie mais une certaine amertume de ne pas être plus aimé que l'autre, comme
maman me repoussais j'avais un temps espéré être aimée de ma grand-mère, mais
je ne rendais compte qu'en plus il fallait la partager avec mes cousins ! de
toute façon, la préférée sans conteste était ma soeur aînée, dès qu'elle
rentrait de l'école, maman et grand mère lâchait tout pour s'occuper d'elle,
elle n'en était pas du tout reconnaissante au contraire, cet amour était trop
pesant, et lui enlevait toute liberté.
Un autre souvenir est celui de maman dans la boutique, assise à la caisse
lisant le journal ou une revue, je me glisse subrepticement sur ses genoux,
elle me garde un temps mais me trouve trop encombrante aussi elle me dit que je
suis trop grande pour venir sur ses genoux, et que je dois désormais y
renoncer, elle a du travail je dois retourner dans la cuisine avec la
grand-mère, mais au lieu de repartir je me cache derrière la gondole,
visiblement elle m'a rien de spéciale à faire elle reste assise le regard dans
le vague, soudain elle m'aperçois, et se rend compte qu'elle est prise en
flagrant délit de mensonge, alors elle se fâche et me renvoie. Je suis honteuse
et déçue, elle ne veux pas de moi et je ne sais pas pourquoi...
Une nuit cependant, comme j'avais de la fièvre dans mon petit lit à barreaux à
coté du lit de mes parents, un cauchemar me réveille en larme, maman me mets
entre elle et papa dans son lit, j'en ai eu un plaisir indicible, d'être là,
dans le lit entre mes parents, bien au chaud. Mais le jour suivant on me remets
dans la chambre avec mes soeurs. Christiane avait tout pouvoir, et nous devions
Roselyne et moi nous plier à ses caprices.
Je me permets de faire un petit intermède pour préciser que je n'ai
nullement l'intention de régler des comptes avec les membres de ma famille, il
y a bien longtemps que nous avons baissé les armes, et ces petits faits ne sont
là que pour raconter comment on peu se sortir de situations difficiles, ce
n'était agréable ni pour mes soeurs ni pour moi, mais il ne peu y avoir de
reproches à faire à personne.
Maman a décrété qu'elle n'a pas le temps de s'occuper de moi, ainsi c'est à ma
soeur qu'incombe la charge de ses deux petites soeurs, cette situation ne lui
plaît pas, elle n'est pas une maman, et on lui demande de la remplacer alors
qu'elle est là, je crois qu'elle lui en voudra toute sa vie de ne pas lui avoir
laisser vivre son enfance comme une enfant ordinaire. Le fait d'être plus
écouter ne l'aidait pas, elle manquait d'éducation, comme tout enfant laisser à
lui-même sans barrières et en souffrait.
Je vais donc faire connaissance par elle du sentiment d'injustice, avec ses
corollaires, la jalousie, voir même la haine, l'envie de vengeance, et la
colère.
Ma première réaction a été la vengeance immédiate, comme je m'avais aucune
force contre une soeur de six ans de plus que moi, il me restais pour me
défendre que de la mordre, sur le coup je suis soulagée, mais bien sur, ceci
est interdit par papa, et pour me montrer comme j'ai mal agit il me mord à son
tour, en effet je dois renoncer à cette sorte de vengeance j'essai donc la
colère, je suis moi-même surprise de la force de ce sentiment, je hurle, mais
là aussi la réponse de papa est de me lancer en pleine visage un gant de
toilette d'eau froide, je n'aurais jamais pensé que ça pouvais être désagréable
à ce point, j'en ai le souffle coupé.... Je n'ai plus d'argument, je renonce...
pour le moment .....
Il parait, que les enfants ne se
souviennent plus des événements désagréables de leur petite vie, mais gardent
de préférence, les plus agréables, pour ma pars il n'en ai rien, j'ai
souvenance de moments agréables et aussi des désagréables comme celui-ci...
Je suis dans la cuisine à jouer toute seule comme d'habitude avec des bouts de
bois destinés au poêle, et maman est là, elle épluche des légumes, elle prépare
un pot au feu, du coin de l'oeil je vois des larmes aussi je m'inquiète et je
viens vers elle, je voudrais l'aider, j'ai mal de la voir pleurer, déjà l'autre
jour après l'école, ma soeur Roselyne s'est fait secouée à cause de ses
mauvaises notes, personne ne pense qu'elle n'y peu rien, elle fait un peu de
dyslexie et inverse facilement les syllabes, ainsi elle dit
"gamazin" au lieu de magasin etc. ... elle pleure car papa la gronde
et moi de la voir pleurer je me mets aussitôt à pleurer aussi, je n'aime pas
voir pleurer les autres, aussi je me fais gronder pour m'occuper de ce
qui ne me regarde pas, nous sommes deux à pleurer, et moi, il parrait que c'est
sans raison...
En tout cas maman ne veux pas que la regarde, elle me dit que ce sont les
oignons qu'elle épluche qui la font pleurer, alors je ne dis rien je trouve
cela étonnant mais je veux bien la croire, puis finalement après avoir mis ses
légumes dans la marmite elle continue de pleurer, elle me regarde et vient vers
moi, se place à mon niveau et me lance dans le visage comme un coup de
tonnerre, "si papa et maman n'étaient plus ensemble tu préférerais aller
avec qui ?"
La phrase m'abat d'un coup. Comment ça ? je dois choisir ? Maman et papa, ce
sont deux personnes différentes ? et ils pourraient ne plus être ensemble ?
Voilà une chose à laquelle je n'aurais jamais pensé. Pour moi les deux sont
indissociable. Mon monde s'écroule d'un coup.
Et cette cocotte minute qui siffle à toute vapeur m'embrouille la tête...
Mon hésitation à répondre agace maman, je l'ai perdue, j'aurais du dire sans
réfléchir" avec toi maman ! "Mais je ne l'ai pas fait, trop éberluée
pour réagir vite, je ne peu pas renier papa quand même !! et là je pense que
maintenant elle aura une bonne raison de ne pas m'aimer... Plus jamais je
n'ai revu maman pleurer à cause de papa, dans l'ensemble ils s'entendaient bien
; il faut croire qu'une simple querelle peu faire plus de dégât qu'il n'y
parait dans le coeur d'un enfant.
Mais sans doute un autre enfant n'aurait pas réagit de la même façon, à chacun
ses sensibilité..Je ne peu m'empêcher de penser à ces très nombreux enfants à
qui cela arrive si souvent et je sais quelle souffrance leur tombe dessus à ce
moment précis, pour moi, il n'y eu pas de suite, pour beaucoup ce n'est que le
début d'une longue suite de souffrances ...
Je n'ai jamais eu d'habits neufs, je devais finir ceux de mes soeurs, la seule
tenue neuve à été un ensemble que maman avait tricoter en laine rouge, son
premier essai de tricot, j'étais très contente c'était ma couleur préférée.
Elle m'appelait "le petit chaperon rouge". Le dimanche nous mettions
nos habits du dimanche, plus beaux, j'enviais mes soeurs qui avaient de beaux
ensembles, et j'avais hâte qu'ils soient trop petit pour en hériter. Il nous
fallait mettre un chapeau pour aller à l'église, car il ne fallait pas y aller
tête nue, papa et maman allaient à la toute première messe pour ouvrir ensuite
le magasin et Christiane était chargée de nous emmener à la grand messe qui
durait une demi heure de plus que les autres, je ne souviens comme je trouvais
pénible ces longs moments passés debout à attendre, en récitant du latin
qui ne me touchait pas, une langue étrange et incompréhensible. Les enfants
devaient aller dans le haut, au tout premier rang, avec les autres enfants et
ceux qui faisaient leur catéchisme devaient pointer. Ils avaient un carton que l'abbé
signait et il ne fallait avoir aucun blanc ! ne manquer aucun dimanche.
Un dimanche, Christiane décréta qu'elle n'irait plus dans le haut de l'église,
elle était trop grande et si l'abbé venait la chercher elle quitterait
l'église, évidemment c'est ce qui arriva, ainsi elle quitta l'église avant le
début, et elle n'y remit les pieds que pour les grandes cérémonies, en douce,
au lieu d'aller à l'église elle allait chez une copine, deux maisons plus loin
et nous avions ordre de ne rien dire aux parents et de venir la récupérer après
la messe.
Mon Noël le plus ancien, je me revois admirer un gros nounours qui était à
vendre dans la vitrine, il me plaît beaucoup et à la longue de le demander aux
parents, j'obtiens la promesse qu'il sera à moi si personne ne l'achète avant
Noël, aussi chaque soir en rentrant de l'école je vérifie qu'il est toujours
là, il a un beau noeud bleu autour du cou.
Enfin la veille du grand jour le nounours a disparut ! je préfère ne pas penser
qu'il a été vendu comme ça au tout dernier moment, sinon je serais vraiment
triste, et bien sur quand j'ouvre mon paquet il y a dedans le nounours, on a
voulu me faire croire que ce n'était pas le même parce qu'il avait un
noeud rose mais pas moyens de me tromper je l'ai reconnu, noeud différent ou
pas, c'est bien celui qui est resté tout ce temps en vitrine..
J'aime cette période avant Noël, il y a dans l'air comme un soupçon de
sous-entendus de petits secrets.
Avec mes soeurs nous cherchons un peu partout si l'on découvre des paquets et ce
petit jeu est plus agréable que le cadeau lui-même, il y a une complicité entre
nous quand nous avons découvert la cachette, et nous faisons pleins de
suppositions... Je revois la crèche que maman ne manquait jamais de faire, le
petit Jésus n'était mis que le jour de Noël, pas avant, et je trouvais très
joli ce petit bébé qui me tendait les bras, un jour que je le regardais en
relevant la tête, je vois un autre Jésus, le même parait-il, mais celui-là a
les bras en croix, crucifié, la tête couronnée d'épines, et la lui, il me fais
peur, je me dis que ce ne peu pas être le même, qu'avait-il fait pour mériter
une telle mort ? On m'avait raconter qu'il avait toujours été très gentil toute
sa vie, je ne comprenait pas les gens qui avaient tuer un si gentil garçon, et
je me dis que je préfére le petit bébé qui m'apporte des jouets à cet homme
mort sur sa croix dans la souffrance, ça ne peu pas être le même...