LE MAGASIN



   A cette époque il n'y avait pas encore de grandes surfaces, ce n'était chez nous qu'une lointaine idée, même si déjà, un monsieur Leclerc avait ouvert son premier magasin « d'aliments pour mammifères » ; nous pensions que la ville était trop petite pour en voir arriver jusqu'ici. Nous faisions parti d'une chaîne, pour l'approvisionnement c'était le plus simple, ainsi nous avions comme nom magasin "égé" avec le slogan : " avec égé j'économise  ! ". Des représentants venaient pour les commandes de produits, des démonstrateurs aussi de temps en temps. Ces gens me fascinaient, toujours tout  beau, tout propre, et sentant bon. Les jeunes femmes en tailleur et bien maquillées, des vraies poupées qui ventaient les produits aux clients. Le plus surprenant a été sans conteste ce monsieur venu proposer à la vente des produits en boite de nourriture pour les animaux, les chiens et les chats, comme si des gens allaient mettre de l'argent dans de la nourriture pour eux !! On n'imaginait pas un instant vendre ce genre de produit ; chez nous les gens donnaient les restes de table en soupe, avec du vieux pain, aux chiens, quant aux chats leur seule nourriture était les souris et autres bestioles qu'ils devaient chasser eux même...Aussi, pour nous convaincre de la qualité de ses produits, il mangeait devant nous un peu de ses boites, ce qui nous étonnait beaucoup.
Tous les vendredi maman faisait de la galette pour les clients. Elle les faisait sous l'escalier du jardin deux tuiles en même temps et arrivait à en faire soixante pour un kg de farine de blé noir. Papa s'occupait de toutes les manipulations de produits lourds tels que les casiers en bois de vins et les bouteilles de gaz. Le lait était vendu uniquement en vrac pris dans les "buys" à lait de trente litres, et versé dans les récipients apportés par les clients. C'était du lait frais apporté le matin par le fermier, de même que les oeufs, et à la saison, des fruits du verger.
Je passais du temps cachée dans un coin à observer tout cela au lieu de faire mes devoirs.
Mon idée restait d'avoir un chat à tout prix, mes parents n'en voulaient pas car comme la maison était neuve il ne pouvait, parait-il, pas y avoir de souris. Le dernier chat que nous avions eu c'était dans la vieille maison du grand-père ; une chatte avait fait ses petits dans le grenier. Il y en avait un très beau magnifique tout blanc au poil long, j'en étais folle ; je voulais tellement l'aimer que je l'avais mis contre moi et serré tout fort tout fort, seulement quand je le remis sur ses pattes il tituba et tomba, il ne bougeait plus j'ai vraiment cru l'avoir étouffé. Mon amour avait tué le bébé chat je ne m'en serais jamais remise mais la chatte le lécha un peu et soudain il refit surface oufff, il était sauveé. Je me promis de ne jamais le retoucher.      

Avec mon amie Michèle nous avions réussi à apprivoiser un chaton perdu et j'espérais en avoir des petits car c'était une chatte. De fait, nous avons assisté à l 'accouchement, c'était un grand moment de voir ces bébés chats naître. La maman semblait avoir un tel amour et était si attentionnée que j'aurais aimé être un de ses bébés sinon qu'il fut décidé qu'aucun des petits ne serait gardé...
Dans ces temps comme Michèle habitait près de l'église, il nous arrivait avec sa  cousine, d'aller jouer autour ; il y avait quelques très vieilles tombes, celles des anciens prêtres décédés ici. Les tombes étaient toutes de travers et une fois nous avons trouvé un crane, tout vert ; les filles ont voulu jouer un peu avec mais je n'étais pas à l'aise et j'ai profiter qu'elles avaient les yeux tournés pour cacher ce crâne.

    Les vacances.
    S'il y a des moments plus plaisant dans mon histoire, c'est sans conteste les périodes de vacances, sauf, la première image celle pourtant réjouissante de ma récupération de la vieille bicyclette de Christiane, elle en avait demandé une neuve plus grande car la petite, trop petite, ne lui convenait plus, du coup j'en héritais, j'étais toute contente, Roselyne avait eut un vieux vélo et moi je pouvais enfin apprendre à faire de la bicyclette, sauf que comme à mon habitude, j'étais pieds nus et au moment d'enfiler des savates, une guêpe posée dessus a eut l'idée de me piquer, la douleur gâcha mon plaisir, mais après quelques instants je ne résistais pas et enfourchait ma bicyclette. Papa sur ce coup-là était prêt, il prit la patience de m'apprendre, et en quelques coups de pédales je fus rapidement initiée...
Quel bonheur de dévaler les pentes biscornues sans freins !! À l'arrivée un beau plongeons dans l'herbe des fossés mais ce n'est pas cela qui m'aurait empêcher de continuer...
Il y eu aussi une sortie pêche avec des amis de papa, le couple avait deux garçons, l'ainé avait mon âge, mais tout de suite j'ai su que je ne m'entendrais pas avec lui, sa mère n'arrêtais pas de lui trouver toutes les qualités du monde, et lui se pavanait glorieux, bien sur, il était très bon en classe, un gentil petit garçon à sa maman il faisait même du crochet et des canevas... J'ai voulu lui montrer mes gloires personnelles en lui lançant le défi de grimper le plus vite au pommier près duquel nous étions, je me doutais que coté sport il devait avoir des lacunes, il réussi mais avec beaucoup de mal et bien sur vexé quand je le rejoignais si facilement. Je senti que je m'étais fais un ennemi. Quand j'entreprit de descendre  une poussée dans mon dos et je glissais sur l'herbe verte un peu violemment et aussitôt une violente douleur dans le coccyx m'obligea à me relever tout doucement, j'étais trop fière pour lâcher le moindre cri, il n'était bien sur pas question que j'aille pleurer dans les jupes de maman, aussi je me relevais et partais tant bien que  mal me réfugier dans la voiture sans rien dire les dents serrées, je me suis bien sur cassé le cosy et c'est seulement à la naissance de mon fils qu'il s'est remit en place dans de jolies douleurs...
    
Finalement l'argent rentrait sans trop de difficultés, Christiane qui venait d'avoir ses 15ans, décida d'aller travailler au bord de la mer, les congés payés avaient engendré les vacances à la mer, et pour nous ce n'était pas trop loin, encore que papa, grand angoissé, se faisait un sang d'encre chaque veille de départ vers une destination inconnue. Enfin, il décida, poussé par maman, de prendre une semaine de vacances, dans la même ville que sa fille histoire de la surveiller un peu. Nous avons donc atterrit dans un loyer, une grande pièce vide, avec juste un évier, peu de luminosité car une seule petite fenêtre, mais pour une semaine cela nous suffit, la cour donnait sur l'arrière-cour d'un restaurant et nous passions à toute vitesse pour éviter d'emplir nos poumons de l'odeur pestilentielle des poubelles entassées de restes de poissons et de crustacés ...
J'étais heureuse, je passais mon temps à grimper sur les rochers, incapable de rester tranquille comme les autres étalés sur le sable, je m'émerveillais de la moindre bestiole, et j'imaginais pleins d'histoires de pirates ...
L'année suivante comme l'expérience avait été concluante, papa décida d'acheter une caravane !! Son ami des gais lurons était  tôlier, et en avait justement une petite à vendre qu'il avait fabriquée lui même, fonctionnelle, on pouvait y vivre un mois sans soucis, ainsi nous l'avons d'abord expérimentée près de chez nous à coté d'un étang avec d'autres, comme à l'accoutumée j'étais seule et j'envisageais d'aller jouer sur des balançoires misent à disposition, des garçons de mon age de la ferme voisine sont venu par curiosité, intrigués de voir des gens en caravane, ils restaient à me regarder m'élancer dans les airs, essayant éventuellement de voir sous ma jupe mais accoutumée à ce genre d'attitude avec ma manie de grimper partout, j'avais pris l'habitude de porter un short sous mes jupes ce qui déçut fortement mes admirateurs, je jouais les filles de la ville, leur expliquant que mon papa était très riche, comme je ne n'aimais pas mon prénom j'avais choisi celui de Catherine pour la circonstance, bref je jouais à la princesse qui en met plein la vue aux pauvres petits autochtones ignares !...

L'été suivant, plutôt que de fermer le magasin ou le confier comme la fois précédente à son cousin de Paris, celui qui  l'avait mit en retard le jour de son mariage, papa opta pour deux semaines chacun, deux semaines avec lui deux semaines avec maman..;
C'est fou comme les animaux domestiques rendent les gens sociables, c'est toujours  grâce à un de ces compagnons que nous avons eut l'occasion de parler avec nos voisins de camping.  Cette première fois j'avais remarqué dans la tente d'à coté un garçon à peu près de mon âge qui promenait un chat en laisse, aussi feignant de m'occuper dans la voiture j'avais laissé la porte ouverte, quand le chat s'autorisa à y entrer. Du coup je le caressais et la conversation s'est engagée entre le garçon et moi, le courant passa tout de suite et nous ne nous sommes plus quitter de tout le mois. Nous avions les mêmes sujets de conversations les mêmes intérêts et passions, habituée que j'étais de jouer avec mon cousin à tous ces jeux tirés de nos feuilletons télévisés, en noir et blanc, tel que "robin des bois" avec le merveilleux sourire de Jean-Claude Drouot (sourire) et les autres Dactary, toujours au secours des animaux en perdition, accompagnés de l'incontournable Clarence aux yeux qui se croisent...
Les derniers jours sont vite arrivés, je savais pour l'avoir demandé que nous ne reviendrions pas l'année suivante, papa ne voulait pas revenir au même endroit tous les ans, aussi  c'est le coeur déchiré que je cherchais mon copain le dernier jour au moment du départ mais sa maman me dit en souriant que je ne le trouverais pas, il était parti se cacher pour pleurer ne supportant pas le départ de ses ami(es)...Je crois bien que moi aussi je ne supportais pas l'idée de le quitter et pour ne pas trop en souffrir, je décidais de l'oublier, à commencé par son prénom, pour ne jamais faire de comparaison avec d'autres garçons du même prénom. Par contre je n'ai jamais réussi à complètement l'oublier et j'en suis contente maintenant....

Le cousin de Paris.

Il parait que les Parisiens ont tous des cousins à la mode de Bretagne, nous en tout cas, depuis que le cousin de papa s'était marié avec une parisienne, nous avions des cousins de Paris.  Les deux fils étaient déjà venus en vacances, je me les rappelais comme gentils et rieurs, surtout la fois où, toute petite, au champ, je m'étais laissée aller à manger trop de pommes trop vertes, j'avais été prise de violentes diarrhées qui les fit beaucoup rire, m'emmenant rapidement en larmes, et en triporteur à la maison ...

La fille du cousin était la filleule de papa, elle avait quatre garçons, et avait appelé son premier né Marcel en souvenir du frère de papa qu'elle avait connu et bien aimé, il avait tout juste deux ans de moins que moi. Un de ses frères  décida de se marier et de venir passer son voyage de noces chez nous. Pour l'occasion les parents avaient été invités à la noce à Paris. Je ne savais pas trop pourquoi mais maman au retour du mariage faisait la tête, surtout à la mariée, en fait elle avait failli faire demi-tour quand, à la présentation, la mariée s'était écriée d'un air dédaigneux," alors c'est ça tes provinciaux ? "Papa avait réussit à l'empêcher de repartir mais c'était limite.
Une autre année ce fut l'autre fils qui se maria, il y avait des chuchotements, car la future mariée avait une petite-fille, je ne comprenais pas bien pourquoi les gens en parlaient tout bas... La fillette était à peine plus jeune que moi. C'était la première fois que je montais à Paris, je connaissais les  jumeaux pour les avoir eu à dormir dans ma chambre une fois, j'avais été surprise et étonnée de voir qu'en revenant des toilettes, l'un des deux avait demandé à l'autre "tu as vu quelque chose ? " Et l'autre de répondre "non" !! parce que j'avais enfilé mon pyjama avant d'avoir enlever ma jupe...
Je connaissais un peu Marcel car il était venu seul, passer les vacances de pâques à la maison; La rencontre a été très difficile, comme à l'accoutumée je ne me laissais pas faire et lui en faisais voir de toutes les couleurs. Les choses changent quand à bout de forces après une bagarre de seaux d'eau, il se met à se plaindre de mon attitude, je me rends tout de suite compte qu'il a raison, il n'est pas chez lui et je ne fais rien pour lui faciliter l'intégration, aussi après ces explications nous voilà devenus les meilleurs amis du monde.
Au mariage, je me souviens m'être beaucoup amusée, Marcel passait son temps à faire râler sa grand-mère, la pauvre petite vieille ne manquait pas une occasion de râler et il s'en faisait un jeu....


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