De mes autres vacances, je me
souviens de l'année suivante, juste après ma dernière année de primaire, comme
j'avais redoublé ; mes notes étaient un peu meilleures, à la fin il y avait la
remise des prix. J'espérais avoir pour la première et dernière fois, peut être
un prix, cette année-là justement il y en avait plus que d'habitude et
j'entendais égrainer les noms des copines qui allaient, à tour de rôle,
chercher un livre qu'elle choisissaient sur une table. Il n'en restait plus
qu'un, quand mon nom fut appelé, je n'avais pas de choix, il restait un petit
livre de poche, mais ce n'était pas grave, j'étais contente, j'étais 15eme sur
30 et j'avais un prix !. La couverture me plaisait, des gens couraient en
criant dans tous les sens, tandis qu'au loin un volcan était en fusion, je me
souviens du titre "les derniers jours de Pompéi", déjà en classe
j'étais fascinée par mes livres d'histoire, je regardais les images et essayais
d'imaginer comment vivaient ces gens il y a très longtemps. Ce livre m'a donné
le goût de la lecture, je le dévorais rapidement prise dans le jeu, la lecture
m'a longtemps permis de m'évader, mon imagination entre de plein pied dans une
histoire, bien mieux qu'un film puisque j'invente une grande partie, telle que
les décors les odeurs et les physiques des personnages, voir aussi leurs
pensées, non dites... Et je vis l'histoire à mon rythme de l'intérieur, en
actrice.
Arrivée dans le camping cet été là, nos voisins n'étaient pas très liants,
comme toujours je trouvais la stratégie du chien cette fois-ci, ils avaient un
bouldog, et ont été très surpris de me voir l'approcher sans qu'il réagisse, il
semblait m'adopter d'office, me faisant des léléches alors qu'il montrait des
dents à toute autre personne qui s'approchait de lui, surtout les adultes. Sans
doute parce qu'ils avaient une fille de mon âge, ce chien était venu en vacances
avec sa niche, sur celle-ci était cloutées des médailles, il gagnait
régulièrement des prix, je dois dire que rarement je n'ai vu de chien aussi
intelligent, on s'entendait très bien tous les deux, mieux qu'avec sa petite
patronne, encore une de ces petites chouchoutées par maman qui l'appelait
"princesse" et chaque matin nous entendions comme un rituel, dans la
tente d'a coté " et qu'est ce qu'elle veux manger ma princesse ce matin
?". Je me souviens avoir lu beaucoup de livres cette année-là, j'avais une
prédilection pour les policiers de la bibliothèque verte comme "les six
compagnons."
L'année suivante nous avons eu la surprise de trouver des voisins habitant la
même rue que nous, leurs garçons avaient les mêmes âges que nous et nous avons
passé des vacances très mouvementées, celui de mon âge m'entraîna dans ses jeux
de pêche, et je me prenais au jeu, pêchant plein de petits poissons dans les
trous d'eau des rochers, mais m'éloignais rapidement quand il leur coupait la
tête pour en faire de la friture.
Comme nous nous connaissions bien papa leur demanda leur aide pour préparer la
fête des gais lurons, nous avions comme tache de mettre en sac les confettis
qui seraient vendus par le comité. Dans le hangar du champ, nous avions de
grands sacs de toile a vider dans des petites poches en papier que nous
tamponnions du sceau des gais lurons, ensuite il fallait les peser et les
agrafer puis les mettre dans des cagettes en bois pour les vendre le jour de la
fête. Généralement c'était l'occasion d'une belle rigolade, le tourne disque
marchait à fond, nous chantions à tue-tête les Claude François, Sheila et
autres Françoise Hardy, Sylvie Vartan, Beatles, Frank Alamo, et tous les succès
des jeunes des années soixante. J'étais plus jeune mais je regardais et
m'amusais autant sans participer vraiment....
Pour mon entrée en sixième, j'avais une fois de plus un espoir, celui, sinon de
me faire des amies, au moins de changer de têtes, et du même coup ne pas avoir
le poids des à a priori sur le dos. Déjà envers les professeurs, je pensais que
sur le nombre il y en aurait bien une plus sympathique, et que si cela n'allait
pas trop bien je n'aurais qu'a attendre le cours suivant.
Le jour de la rentrée des classes il me fallait trouver mon nom sur les listes
affichées devant chaque classe, j'avais beau regarder je lisais mon nom nulle
part, j'avais tellement réussi à passer inaperçue que je n'étais sur aucune
liste. Alors je m'approchais de la mère supérieure, et poliment lui faisais la
remarque, elle me sourit et me dirigea vers une classe, j'espérais que ce petit
intermède n'allait me faire trop remarquer.
Nous étions une classe de 45 élèves ! , comme nous étions très nombreuses il
nous a été attribué un numéro à mémoriser, le mien étant celui du département
ce n'était pas bien difficile, mais heureusement aucun de nos professeurs n'a
eu la mauvaise idée de nous interpeller avec ce numéro. Les professeurs me
semblaient plus souriantes, plus détendues que les institutrices, nous étions
passées à un nouveau stade, certaines même nous vouvoyaient ce qui m'étonnait, ne
me sentant pas du tout adulte.
Il y eut d'abord la prof de français, qui commença à me regarder différemment,
je sentais qu'elle avait de la sympathie pour moi, au fur et à mesure du temps,
elle passa carrément de mon coté le jour où je lui rendais un devoir sur
"le petit prince" qu'elle trouva très bon, du coup elle me demanda de
rester un soir après les cours et me proposa un livre, c'était du "
Cronin" j'essayais de la lire mais dans le premier chapitre une histoire horrible
de chevaux qui se noyaient dans une mine, je refermais le livre pour ne pas le
rouvrir.
Elle ne savait pas combien la souffrance les animaux m'était intolérable, je
les considérais comme plus intéressants et émouvants que les humains, aussi
quand je lui rendis le livre, elle ne n'en voulut pas, mais ne m'en à pas
proposé d'autres.
La prof de math commençait à m'intéresser aussi, elle était très gentille et
patiente et ses cours me devenaient agréables, ce n'était plus des chiffres
mais des concepts, ou des lettres et je trouvais cela plus amusant..
Mais le professeur qui me subjuguait le plus était ma prof de musique,
c'était une femme fascinante, une espèce de dame brune mystérieuse, à la voix
douce, toujours en noir, elle me faisait penser à la chanteuse Barbara, et nous
faisait écouter les "quatre saisons" de Vivaldi en passant lentement
dans les rangées, un parfum, toujours le même la suivait, et ses yeux maquillés
discrètement la rendait énigmatique...
La sixième est l'année de tous les changements, dans les rangs j'entendais
certaines de mes voisines parler de leurs "règles" elles en avaient
déjà, et commençaient à s'intéresser aux garçons. Pour moi rien de tout
cela, j'avais certes mon cousin mais il n'était jamais question de quoi que ce
soit sur le sujet. Et je me disais que j'avais bien le temps de penser aux
garçons.