( Suite )



    A la maison l'entente avec le beau-frère ne se passe pas bien du tout, il arrive et veux s'occuper de tout, maman ne réagit pas, il repeint le magasin, vire une partie des clients, fait des commandes qui ne correspondent pas aux ventes, et veux tout diriger. Roselyne et moi l'appelons le "grand yaka" ou le "grand faukon".
Jusqu'au jour ou je prends l'initiative à bout de lui lancer du haut de mes 15ans, un "de toute façon tu sera jamais un homme" ce qui m'attire ses foudres, je dois me précipiter dans ma chambre, je m'enferme il commence à taper violemment sur la porte alors je quitte les lieux en sautant par la fenêtre. Je retrouve maman et Roselyne et nous nous réfugions dans notre maison de campagne.
Quelques heures plus tard nous revenons, il s'est calmé et à décidé que la cohabitation n'était pas possible, aussi il décide d'aller habiter avec sa petite famille dans la maison de campagne, nous poussons un ouf de soulagement. Dans la foulée maman se réveille une peu, sa grande peur est que son gendre demande sa part d'héritage comme il en a le droit. Elle décide en accord avec lui de vendre le "champ". Ce sera toujours un début. Heureusement il y a justement un industriel voisin, intéressé par le terrain, il le paye un bon prix et propose même à maman de lui construire une maison dessus qu'elle pourra habiter gratuitement, ce qu'elle refuse poliment.
Il est décidé que le magasin sera vendu lui aussi, mais ce n'est pas si facile. Un jour arrive deux beaux messieurs en costume, ils sont très gentils tout compatissants et promettent à maman avec de belles paroles que contre un chèque copieux, le magasin sera proposé sur des journaux, et qu'il ne manquera pas d'être rapidement vendu. Bien sur les messieurs partis on ne verra jamais rien venir, aucune personne intéressée par le magasin. Un autre couple du même acabit, se présente à nouveau et contre un nouveau chèque font le même exercice.... Maman renonce à essayer de vendre, comme elle a un ami qui est architecte, elle lui demande son avis et rapidement il propose de transformer le magasin en trois petits appartements qu'elle pourra louer facilement.
Ainsi le magasin va disparaître, elle n'est pas complètement démunie, sans travail, papa avant son accident avait accepté un petit boulot, c'était encore une arnaque, il en avait bien conscience mais avait accepté en prévision de sa retraite de s'occuper de distributeurs automatiques placés par des filous dans des entreprises de la ville, ce sont les chefs d'entreprise eux-mêmes qui s'étaient déplacés au magasin pour demander ce service. Les appareils étaient déposés en leasing, conscient de l'arnaque il avait quand même accepté, maman avait donc un petit travail et celui-ci en plus des petits loyers suffira sans problème à nous faire vivre. 
Roselyne réussit à trouver un travail dans l'usine de chaussures où maman a un distributeur de café, cette même usine où plusieurs années auparavant le frère de papa, Marcel avait passé quelques temps avant de mourir de la tuberculose à 22 ans.
Avec l'argent de la vente, il est décidé que nous allons faire construire une petite maison en campagne près de la ville, il y a un P.O.S (plan d'occupation des sols) on ne peut faire de maison qu'en achetant un minimum de cinq mille mètres carré, heureusement nous trouvons un emplacement en deux parties de chaque coté de la route ainsi les deux maisons pour notre soeur et nous seront séparées. Maman a réussi à éviter la vente de tous les avoirs, le notaire fait un acte de donation-partage avec pour elle la réserve de l'usufruit. Une somme d'argent est bloquée sur un compte à mon nom que je ne pourrai avoir avant ma majorité, il parait que je devrais la donner à ma soeur aînée.
Christiane qui a beaucoup changé depuis qu'elle est mariée, est tout occupée à son bébé et sa nouvelle grossesse, on ne l'entend plus du tout, son mari cherche du travail, il s'essaye dans l'assurance vie et nous assure d'office, jusqu'à ce qu'il change de travail reconnaissant que l'assurance vie c'est vendre "du vent".
Il passe a la vente dans les fermes de produits vétérinaires malheureusement c'est la pleine période de la fièvre aphteuse et doit rapidement changer encore une fois de travail car les fermiers sont prets à l'accueillir avec un fusil s'il approche de leur ferme.
C'est une période de vaches maigres malgré tout, la maison se monte et nous devons nous débattre pour faire venir les poteaux électrique jusqu'à la maison. Maman seule et veuve arrive désormais à se prendre en charge, si ce n'est mes difficultés de santé je pourrais presque aller bien.
Déjà les parents m'avaient envoyé plusieurs fois chez le médecin, celui-ci ne trouvant rien m'a envoyée voir un psychiatre, il me passe un electro encéphalogramme, mais ne trouve rien de probant ; juste me trouve t il un peu nerveuse c'est tout.
    Je m'inscris donc pour ma nouvelle école, j'ai réussi je ne sais comment à avoir mon brevet des collèges, je viens donc demander à entrer en bep comptabilité. Le directeur en me voyant seule se fâche. Il était expressément demandé à l'inscription de venir accompagné de ses deux parents et il se retrouve devant une seule gamine. Je lui explique que maman ne peut fermer le magasin pour venir, sans lui dire que si elle avait voulu Roselyne pouvait très bien rester toute seule un petit moment, mais elle ne voulait pas venir. Il se calme aussitôt et me renvoie avec un sourire je suis acceptée.
La rentrée se fait normalement, je suis comme d'habitude celle qui arrive d'une école privée, donc pas du même monde, je me retrouve avec une petite jeune fille toute timide, qui me demande si je veux bien l'aider. Ce que j'accepte avec enthousiasme sauf que je ne pourrai lui rendre ce service. Elle me demande de bien vouloir commander et aller chercher pour elle un livre, à la maison de la presse de la ville. A priori je peux le faire mais en réalité je n'arrive pas à m'y rendre, je n'y vais plus depuis pas mal de temps, depuis mes ennuis avec la patronne de la boutique.
En sixième nous devions aller commander nous-mêmes nos livres à la maison de la presse, je m'y étais rendue comme tout le monde et avait passé ma commande, seulement au moment de payer, j'avais pourtant dit à maman le prix, elle ne m'avait pas donné assez d'argent, aussi la dame avait noté sur un grand cahier mon nom et la somme due. Après plusieurs demandes à maman, j'avais réussi à avoir une partie de la somme mais je n'avais toujours pas assez, je trouvais cela humiliant une fois encore je demandais et cette fois-ci je contrôlais bien avoir le tout. Arrivée dans le magasin je donne l'argent à la fille de la maison, seule à ce moment assise au comptoir, c'était une jeune fille de 20 ans à peu près, elle était assise les yeux dans le vague, je lui donne l'argent et lui  demandait de bien vouloir rayer mon nom sur le cahier, elle répond oui mais ne le fait pas, j'insiste, je ne tiens pas à avoir à redonner cette somme, mais visiblement je l'agace, elle me répond sèchement, je n'insiste pas plus et repars.
Plusieurs mois plus tard, à la nouvelle rentrée, j'ai de nouveaux des livres à commander, au moment de payer la dame me prend à part et me garde mon argent, je n'ai pas payer mes livres la dernière fois je n'aurai de nouveaux livres que lorsque je serai à jour de mes dettes. Je suis interloquée, je me rappelle, la jeune fille au comptoir, c'est elle qui avait du oublier de rayer sur le livre. Cependant, je reste sans voix, pendant l'été la jeune fille s'est tuée en voiture, je préfère ne pas dire ce que je pense pour ne pas réveiller la douleur de la mère ou qu'elle pense que je profite honteusement de ce décès pour ne pas payer mes dettes. Je suis extrêmement fâchée et décide de voler un livre pour compenser l'argent que j'ai du donner deux fois.
Je suis à coté des livres, j'en choisi un, dans la même valeur, mais je ne suis pas une voleuse, j'ai trop en mémoire la fois ou j'ai été humiliée devant toute la classe pour un vol que je n'avais pas commis, je voudrai aussi effacer toutes ces humiliations en me vengeant par ce vol, mais je suis maladroite, je deviens toute rouge, mes mains tremblent, et au moment ou je vais pour prendre le livre je vois le regard de la propriétaire....Je pars en courant sans rien prendre, mais désormais chaque fois que j'entre dans ce magasin la patronne me suit pas à pas....

Les années lycée


Dans la première année de lycée je réussis à me fondre dans la masse des élèves, c'est une grande école avec toutes les sections, ainsi je côtoie des élèves en section littéraire avec laquelle je me lie un peu d'amitié. J'ai demandé à manger au self avec les autres, car les amitiés se font surtout autour des repas, et je suis bien assez seule comme cela pour ne pas chercher quelques amies.
Les garçons restent éloignés de moi, il est vrai que je ne fais rien pour les attirer, je préfère les observer, et s'il arrive à l'un ou l'autre de me parler je réponds peu, ou pas du tout, ne laissant aucune chance au malheureux. Mais petit à petit je reprends espoir, je tremble moins et m'habitue à leur présence, l'obsession semble se dissoudre peu à peu.
Une élève arrive en cours d'année, de la région parisienne, les amitiés étant déjà établies elle se tourne tout de suite vers moi, et rapidement deviens une attraction dans la classe, un des plus jolis garçons s'intéresse à elle, je trouve qu'elle a bien de la chance, je regarde les petits couples se former et se défaire en simple témoin.
Il nous est demandé d'étudier certains livres d'auteurs connus, je suis au départ inquiète mais finalement mon goût de la lecture est revenu, je dévore après le livre obligatoire, tous les écrits que je peux sur le même auteur, ainsi après "le père Gloriot" j'avale tout  Georges Duhamel, puis je passe après à " l'assommoir " de Zola mais je laisse rapidement tomber, si j'aime sa façon d'écrire, j'ai vite horreur de ses histoires où après avoir réussi à s'en sortir les gens retombent encore plus bas qu'ils n'étaient, ce n'est pas le genre d'histoires faites pour me remonter le moral. Je lis avec délice tout ce que je peux de "Guy de Maupassant" auteur qui m'étonne, puis par hasard je découvre à travers un texte étudié en classe, Sartre. La je suis subjuguée, après "les mots" je passe" aux mains sales" etc... je me retrouve trop bien dans ce qu'il écrit, j'adore, je retourne voir le bibliothécaire de l'école et lui demande s'il y a d'autres livres mais il ne connaît pas cet auteur.
Enfin la fin de l'année scolaire approche, j'ai de plus en plus de difficultés pour apprendre, en classe, les mots me deviennent parfois complètement hermétiques, je dois faire un effort pour me rappeler qu'une "table" c'est cette chose sur quatre pieds sur laquelle on mange. Ces "trous" me font peur, j'ai l'impression de descendre au fond d'un gouffre, toute seule, les angoisses se font de plus en plus ressentir je dors de plus en plus. Une fois, des le matin, je me sens tellement fatiguée que je m'écroule pendant un cours de français, j'ai eu une drôle d'impression de changement soudain des sons des couleurs et je me suis écroulée, quand je me réveille, la prof est penchée sur moi, deux garçons m'aident à me relever, je titube et je suis conduite à l'infirmerie, ma tension est tombée à 8 ....Je m'en veux parce que j'espère ne pas avoir fait peur à mon prof qui est enceinte jusqu'aux yeux.
Je vais voir le médecin ; une fois de plus il ne trouve rien, il pense éventuellement à un problème de diabète et me fais faire une hypoglycémie provoquée, avaler un grand pichet de glucose pur, et faire des prises de sang régulières pour voir si tout est absorbé normalement. Pas de résultats probants, toujours pas de traitements.
Pour ne pas montrer mes difficultés en classe j'opte pour la tactique de mon voisin, celui-ci pour chaque contrôle se fait des petites anti sèches, écrit tout petit sur des bouts de papier, je n'ai même pas la force de faire les miennes aussi j'obtiens qu'il me passe les siennes, en changeant quelques mots j'arrive à avoir des notes correctes. 
Je suis en pleine crise de solitude, je voudrais bien rencontrer un gentil garçon qui me prendrait dans ses bras et me ferait découvrir l'amour, mais je ne crois plus au prince charmant, la seule personne qui m 'a un jour dit "je t'aime" est un petit vieux qui cherchait sous ma jupe, je me doute que ce n'est pas cela l'amour.
Je décide de tenter l'aventure, juste pour avoir des bras qui me serrent et m'enlacent tendrement... Je croise un garçon que je connais, ce n'est pas vraiment le genre gentil garçon, c'est plutôt le genre prédateur, chasseur, toujours en quête de nouvelle proie. Il n'arrêtait pas de me regarder tout en parlant à quelqu'un d'autre, effrontément, Je me doute que ce n'est pas un novice, il n'est pas amoureux de moi et je sais que je ne tomberai pas amoureuse de lui non-plus. Il n'a pas le bon profil pour me plaire. Je décide donc de lui tomber dans les bras, histoire d'être moins nouille, et surtout pour savoir. De toute façon, les garçons que je rencontre, soit ne me plaisent pas, soit ceux qui pourraient me plaire, c'est moi qui ne leur plaît pas, donc, non choix est fait.. Je suis invitée régulièrement chez lui par sa mère car j'habite trop loin de mon travail, et bizarrement en fin de repas tout le monde quitte la pièce, je me retrouve seule avec lui, il  choisit de me parler de mon père, et bien sur, je fais celle qui y est sensible, je sais qu'il veux m'attendrir, je le laisse faire, il m'embrasse à pleine bouche, déception, je ne trouve aucun plaisir dans ce baiser, sa langue fouille dans ma bouche à la recherche de la mienne, il a un goût de géranium, je n'aime pas l'odeur de cette plante, mais bon ce n'est pas grave le premier pas est fait.
En réalité il n'y a qu'une chose qui me vient à l'idée, je voudrais savoir si une petite expérience de mon enfance à un rapport avec la sexualité... J'étais  encore très jeune, même pas pubère, quand j'avais eu cette drôle de sensation, dans mon lit j'avais coincé un petit chat entre mes jambes pour l'empêcher de sortir du lit, il avait forcé avec sa tête et une drôle de chose s'était passée, une drôle de chaleur m'avait soudain envahie, allant jusqu'à la transpiration, un changement d'impression au niveau de la vue et des sons, comme une petite syncope avec l'impression qu'un peu de liquide s'écoule de mon corps... Je n'avais pas pu retrouver cette sensation, car j'avais donné le petit chat à la voisine, mais elle m'avait laissé une insistante envie de la retrouver, de recommencer, une véritable obsession, une question, qui me faisait m'obliger à sortir me changer les idées, et m'obliger à penser à autre chose..
Je ne tarde pas à trouver confirmation, c'est bien la même chose qui se reproduit alors qu'il me caresse. Retrouvant mes esprits, je le quitte précipitamment, sans le laisser aller plus loin, j'ai trop peur de tomber enceinte. Dans les jours qui suivent, je dois une fois encore faire face à cette envie irrésistible de revivre cette sensation. Il me faut beaucoup de force pour m'obliger à lui dire que je ne veux plus le revoir. Je sais que si je me laisse aller je serais prisonnière, la recherche de ce plaisir va dépasser ma volonté, je ne pourrais plus m'en passer... J'ai désormais la certitude que non seulement la sexualité n'est pas forcement liée à l'amour, mais aussi qu'en la pratiquant on peu en devenir esclave, besoin identique finalement a celui de boire, manger ou dormir.
Habituée sans doute à renoncer depuis toujours, entre l'amour de mes parents, l'amitié et les plaisirs du sport ou de la lecture, j'ai vécu tant de renoncements que celui la je le fais naturellement, presque par habitude, avec l'idée qu'il ne faut jamais succomber à la facilité, et la certitude que j'y gagnerai plus tard.  
Maintenant dans ma solitude j'ai un besoin de plus en plus grand d'avoir des enfants, mais je ne veux pas les faire toute seule, je veux leur trouver un père digne de ce nom, un qui ressemblerait à mon propre père, gentil, serviable, intelligent de préférence,  bon père et bon mari, et bien sur bon amant ! je ne veux pas des enfants sans père, il est important pour moi qu'ils grandissent dans un vrai foyer....


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