( Suite )



    Mon premier contrat de travail fini il me faut trouver un nouvel emploi. Je me sens incapable d'en trouver, il me semble que je ne suis capable de rien. Je me retrouve à l'usine avec ma soeur, là-bas ils prennent tout ce qui se présente. Le sous-directeur me dirige vers un contremaître, je dépendrai de lui dorénavant. Il me place au "lancement".  Dans une usine de chaussures ce travail consiste à préparer des chariots de commandes. Il y a déjà dessus les "formes" sorte de pieds en plastique très durs et très lourds. Une autre personne à déjà mis "la tige" partie qui sera le dessus de la chaussure, moi j'ai à mettre d'après la fiche placée dessus, les "bouts durs" les contre forts" parties blanches très dures qui sont misent à l'avant et au talon de la chaussure," les premières" semelles en carton et les semelles proprement dites. Très vite j'apprends mon travail, le contremaître me félicite, tout sourire. J'ai déjà appris la place de chaque morceaux et je suis sans difficultés la cadence, ce n'est pas forcement évident. Au bout de quelques semaines les choses se gâtent. Ma tête à nouveau vient contrarier mon travail, je perds la notion des choses, je me trompe de plus en plus, une série de plus de deux cents chaussures reviennent elles ont été montées avec la mauvaise semelle, je prend de plus en plus de savons, et finalement le contremaître me prend en grippe, prenant tous les prétextes pour venir m'engueuler.
Je demande à changer de poste, le sous-directeur m'envoie sur la chaîne. Très vite encore j'apprends le mouvement répétitif, je trouve même du plaisir à ce travail, pendant que les mains sont occupées, l'esprit vagabonde et le temps finalement passe très vite. Le matin on pointe avec notre petite fiche cartonnée à notre nom, pas avant l'heure mais surtout pas après sinon, une seule minute de retard et c'est un quart d'heure en moins sur la paie. On le fait une fois mais pas deux. Et quand la grosse sirène retentit, à la fin de la journée, on sort l'esprit tranquille, on laisse le travail là où il en était, plus d'autres soucis que de prendre l'air, (les soucis  sont pour le contremaître), voir le temps qu'il fait parce que sous la tôle, à la lumière des néons, on ne sait pas, et passer une soirée tranquille, se serait presque le bonheur(?).... Ce qui me fait le plus peur c'est de voir la tête des gens qui travaillent ici depuis de nombreuses années, on dirait que le temps s'est inscrit dans leurs traits. Ils n'ont plus d'âge, une vie passée à attendre la sirène pour sortir, une vie sans avenir, une vie sans vie....
Mon ancien contremaître revient me chercher, il ne comprend pas, sur la chaîne j'ai été très bien notée, alors pourquoi est ce que je n'y arrive plus au "lancement" ?. Je ne sais pas, je sais juste que c'est ma tête qui fait la folle, mais je ne peux pas lui dire ça il ne va comprendre.
Entre temps à la maison nous avons de plus en plus souvent la visite du petit frère du voisin, il s'entendent vraiment bien avec Roselyne bien que de cinq ans son aînée, ceci m'agace un peu et pour mettre un peu d'écart entre eux, je décide de m'occuper à le séduire. Sans aucune difficulté, il me suffit de lui dire que j'aimerais faire un tour sur sa moto et aussitôt dit aussitôt fait... En quelques semaines, je deviens sa petite copine, je ne suis pas vraiment amoureuse mais c'est le seul garçon à ma porté et j'ai vraiment besoin de me sentir vivante... Par contre un imprévu se glisse dans l'histoire, sa mère au courant par hasard de notre petite idylle me propose un travail dans ma branche, la comptabilité, dans sa petite ville, en outre elle propose de me loger, contre un loyer. Je suis donc prise à l'essai dans une petite entreprise de béton, pour trois mois.
Il y a des jours comme ça, où l'on pense que l'on ne peut pas descendre plus bas, que de toute façon la vie est nulle, qu'on est bonne à rien, que ce qui nous arrive on l'a sans doute mérité, mais là, je ne pensais pas descendre à ce point-là....
le contremaître m'invite à revenir travailler à l'usine si je veux, mais j'ai déjà donné je ne veux pas y retourner. Je choisi plutôt d'entrer comme employée dans une grande surface. Le salaire y est au plus bas, avec pas mal d'heures puisqu'il parait que dans le commerce les employés peuvent avoir des moments sans travailler (?) s'il n'y a pas de clients ! ça n'arrive jamais dans un super marché ça je peux l'assurer ; de plus il y a toujours quelque chose à faire.
Au début bien sur tout se passe bien, je suis à mon aise, j'aime le commerce le contact avec la clientèle, je suis née dedans. Je range et nettoie mes rayons de boites de conserves et de bouteilles, et je suis plutôt contente jusqu'à ce que la patronne me demande de venir tenir une caisse. Au début encore tout se passe très bien, je suis rapide et ma caisse le soir est toujours juste, tant et si bien qu'elle envisage de me mettre première caissière, ainsi rapidement la caisse devient mon principal travail. Un jour cependant, une cliente se présente avec peu de marchandise mais sort un billet de 500 francs, je lui rends la monnaie, à ce moment elle demande à reprendre son billet de 500 francs pour plutôt me donner une plus petite coupure. J'acquiesce, une première fois, bien sur elle change d'avis au moment où je lui rends la monnaie, je sens la magouille, elle me refait le coup trois ou quatre fois, cette fois-ci je commence à perdre pied, elle aussi mais insiste. Il y a de plus en plus de monde à attendre, la personne suivante commence à s'impatienter. Énervée je lui rends à nouveau la monnaie... C'est le piège, elle repars et je suis mal à l'aise je suis à peu près sure qu'elle est repartie avec son billet de 500 francs mais aussi la monnaie de rendu. Toute la journée je n'ose penser au moment je devrais faire ma caisse ; il risque d'y avoir un trou de 500 francs. Le moment fatidique arrive, en effet il manque bien la somme. Je suis confuse, j'explique ce qu'il s'est passé. La patronne s'exclame : "c'est du vol à la tire ! "c'est une méthode bien connue qui a déjà fait ses preuves. Je me demande bien pourquoi on ne nous a pas expliqué cela, je me serais davantage méfiée. Le mal est fait. Les jours suivant la patronne me surveille, à nouveau elle arrive en fureur à ma caisse, alors qu'une cliente vient de payer ce qu'elle a pris, je n'avais pas vu que du pied elle poussait un panier rempli de vêtements de bébé. Cette fois-ci la coupe est pleine, avant même d'avoir été embauchée définitivement je suis remerciée. Je me prends un savon devant les autres employés, je pleure et demande à rembourser la somme volée mais non c'est définitif, je suis renvoyée.
Je rentre en larmes à la maison et me couche aussitôt, au bout d'un moment comme je ne me calme pas maman fait venir le médecin, il m'ausculte et ne trouve rien à dire, que "les jeunes d'aujourd'hui n'ont aucune défense". Je n'ai même pas la force de lui en vouloir. Il me propose de me mettre en arrêt maladie mais je refuse, j'ai une semaine à faire je la ferai... C'est une semaine tranquille, la patronne ne me parle pas, deux fois elle s'arrête près de moi elle semble avoir quelque chose à me dire, puis elle renonce. Je retournerai à l'usine puisque je connais le travail on verra bien si le contremaître m'a toujours en grippe. 

Évidemment qu'il m'en veut toujours ! Je vais rester toute une année sa bête noire, sa tête de turc son mouton noir, son bouc émissaire...
Jusqu'a ce que...

    Avec Roselyne nous avions décidé de sortir un peu, j'avais réussi à la convaincre, je ne comprenais pas qu'elle ne cherche pas à rencontrer de garçons et qu'elle se plaise à rester avec maman à la maison. De plus, le beau-frère avait tendance à lui présenter de ses copains et lui faire poindre l'idée de devenir Catherinette, ce qui était une tare, il était inconcevable qu'à notre époque une fille convenable ne se trouve pas de mari, se faire taxer de vieille fille était une insulte, comme s'il était obligatoire de vivre en couple, même si la rencontre se trouverait par la suite désastreuse. Le principe de "mieux vaut être seule que mal accompagnée" n'était pas d'époque.
En dehors de ce "détail", la mode ne nous aidait pas comme nous l'aurions voulu. Les garçons avaient obligatoirement les cheveux assez longs, et des pantalons "patte d'eph" et pour les filles en dehors du jean, il ne restait que la mini jupe, ce qui ne me déplaisait pas, sauf qu'une fille en mini jupe était pas mal regardée et souvent traitée de "pute" ou "d'allumeuse",avec des regards désapprobateurs en biais. Le maquillage était aussi mal vu dans notre petite ville. Dans tous les cas, le choix était difficile pour passer inaperçue, ou simplement normale, ordinaire. J'ai mis une fois une petite robe courte que Christiane n'avait donnée, je revois encore les regards sur mon passage. Christiane en est à sa troisième grossesse à suivre, encore une adorable petite fille, dont je suis la marraine. Nous avons décidé cette année-là de partir en vacances en car toutes les trois. La seule destination était Lourdes. Pourquoi pas ! il y a la montagne et je n'ai rien contre la mère de Jésus... Ce sera un charmant souvenir, je me rappelle ce jeune serveur espagnol qui avait remarqué que j'étais gauchère et avait changé la place de mes couverts discrètement.
Chez nous les bals n'étaient pas très intéressant, sous bâches, bals populaires chanté par Sardou,  il y avait souvent des bagarres, des garçons saouls se traînaient en rotant et buvant leur bière. Aussi nous n'y sommes pas allé, de peur de faire de mauvaises rencontres. Mon idée était de retrouver mon cousin, je savais que les week-end il sortait avec une bande de copains, je pensais qu'ainsi nous pourrions sortir un peu et faire d'autres rencontres sans craintes.
Je lui faisais part de mon idée, il n'était visiblement pas trop enchanté, les filles qui entraient dans le groupe avait un petit copain dans ce groupe, et nous nous arrivions un peu en force, on risquait de bloquer l'arrivée de nouvelles. Enfin il accepta de faire un essai quand même. Nous devions les rejoindre au bal de la saint Valentin, dans la salle communale. Je venais de quitter mon copain la veille, bien décidée à ne pas rester seule, je repensais au grand de sa bande de copains, celui qui m'avait amusé par sa maladresse. Mais maman ne voulait pas que nous restions après minuit, elle avait à dire qu'elle n'arrivait pas à dormir tant qu'elle nous savait dehors. J'étais impatiente de les voir, ils avaient réservé une table. Mais dans la salle, pas de garçons, ils n'étaient pas là. Je dansais avec un autre en attendant, juste une fois pour passer le temps mais je n'arrivais plus à m'en débarrasser jusqu'à ce qu'un garçon que je connaissais par le travail lui explique que je ne voulais pas de lui. Puis comme minuit arrivait je m'impatientais un peu , plusieurs étaient venus me voir pour me demander si je voulais danser, je refusais, attendant toujours les autres, un d'entre eux me dit "tu es pas mal pourtant" je lui répond du tac au tac, "oui mais toi t'es pas terrible" étonnée moi-même de ma hardiesse. Enfin, au moment ou lassée je m'apprête à dire "oui" je le vois arriver, de sa grande taille il dépasse la foule, il me voit et fonce directement sur moi pour me proposer de danser, je dis "oui" tout de suite, le précédent garçon à qui je venais de dire non le regarde et lui lance "tu as de la chance toi !".
En réalité il ne faisait qu'arriver, il fêtait justement ses 20 ans, et venait de chez lui ou ils avaient tous ensemble déjà bien arrosé l'anniversaire. Je m'en rendais vite compte à la façon dont, maladroitement, mais sûrement, il a mit son bras autour de ma taille, puis gêné de sa propre audace l'a retiré rapidement. Il me pose plein  de questions sur mon travail et me dit qu'il fini bientôt ses études et compte être électro-mécanicien. Ses parents auraient aimé le voir continuer jusqu'à ingénieur, comme le plus âgé de la bande mais il ne veux plus continuer, il veux vivre sa vie, ne plus être de corvée quand il rentre du pensionnat avec les travaux de la ferme de ses parents, il veut voir autre chose. Comme nous ne pouvions pas rester trop longtemps Roselyne et moi, il me demande s'il peut m'écrire et avec mon approbation, sur la nappe en papier, il écrit mon adresse, déchire le petit bout de papier et le glisse dans sa poche. Le lundi je reçois son premier mot.
Il pensait que j'avais déjà un petit copain aussi je le rassure tout de suite, non je suis libre comme l'air et je veux vivre ma vie !.
Ainsi, les fins de semaine suivantes nous allons ensemble rejoindre ce qui sera désormais une bande d'amis, il parle peu mais ses regards en disent long, un soir nous allons à un fest noz, il ose passer son bras par dessus mon épaule et dans la voiture qui nous ramène vers la maison il ose le premier baiser. Pas comme les autres, il est très doux et tendre, pas de goût géranium, non il ne sait même pas trop comment faire, avec douceur ma langue va chercher la sienne, je constate avec amusement qu'il ne sait pas embrasser, mais ce sont des choses que l'on apprend très vite.
Maman voit arriver à la maison un grand garçon qui lui dit tout de go sans préambules, "je viens chercher Thérèse" sans autres explications !.
Une autre fois alors qu'il y a des manèges, nous y allons ensemble, sa mère qui a appris mon existence se cache dans la foule pour me voir.
Un soir alors que je suis déjà au lit il m'appelle, il a de la famille en repas chez ses parents et comme quelqu'un a dit qu'il avait une amie tout le monde désire me voir, alors sans hésiter il me téléphone, moi qui comme toujours étais déjà couchée me relève. Sa voiture m'emmène vers un chemin que je reconnais soudain, c'est le chemin que papa n'avait pas voulu prendre il y a bien longtemps alors que j'avais insisté, le chemin qui monte, je suis ravie. Dans la cour de la ferme il y a une grande table d'installée et pas mal de monde autour, il me présente à chaque personne, je ne les connaît pas mais je suis très bien accueillie.  
Un autre week-end il s'enhardi, et dans la voiture ose de nouveaux gestes doucement, tendrement, il est si tendre que je me sens vraiment en sécurité avec lui. Il me demande de le caresser, très rapidement je dois essuyer ma main, il est très gêné, il s'excuse, je trouve cela plutôt drôle ce n'est pas bien grave, c'est naturel, il apprendra à se maîtriser une autre fois. Tout doucement nous nous découvrons l'un l'autre, mais nous sommes pris par un impératif, il doit faire son armée, il est appelé sous le drapeau, le jour de mes 20 ans. Nous avons donc tout l'été pour apprendre à nous connaître. Ses caresses se font de plus en plus empressées je contrôle la situation, puis par un bel après-midi d'été je lui confirme que je l'aime assez pour me donner vraiment à lui mais comme je ne veux pas tomber enceinte je prendrais la pilule avant. Je vais donc voir mon médecin, un vieil homme intègre, quand je lui annonce la raison de ma visite, il se rassoie. Je suppose que c'est la première fois qu'une jeune fille lui fait une telle demande. Lui qui va à l'église tous les dimanche, a eu huit enfants, il est furieux mais se retient. Il me demande mon âge, je suis tranquille, j'ai 19 ans la majorité, donc il ne peu rien dire. Il m'ausculte, pas de doute je suis encore vierge, je préfère attendre d'être sure de ne pas tomber enceinte comme ma soeur qui en est déjà à trois enfants en trois ans de mariage. Donc de mauvais coeur, il me prescrit la fameuse pilule. Je ne vois pas mon ami le premier mois, car je suis partie justement en vacances, et lui travaille aux vendanges. Le mois suivant nous pouvons enfin passer aux choses sérieuses, pas de plaisir pour cette fois là, non, la douleur est trop forte, et j'étouffe un cri. Le plaisir viendra plus tard quand nous nous connaîtrons mieux...

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